mercredi 12 avril 2017

Rapport ANSES éolien Annexe

Rapport ANSES sur le bruit éolien

Annexe
De très basses fréquences parfaitement audibles à 4 km

Jean Pierre Riou

Regard sur quelques graphiques du rapport ANSES
https://www.anses.fr/fr/system/files/AP2013SA0115Ra.pdf
Page 103, la décomposition du bruit éolien 

L'amplification du bruit en intérieur
1° Le bruit provoqué par le passage des pales devant le mât, en l'occurrence à la fréquence de 0,8 par seconde entraînant des infrasons de 0,8 Hz et ses harmoniques (BPF = blade pass frequency)
2° La tonalité spécifique de la boite de vitesse 
Le niveau sonore à l'intérieur de la maison (ligne inférieure indoor) dépasse celui enregistré à l'extérieur à une fréquence donnée correspondant aux caractéristiques de résonance (volume) de la pièce concernée (Room mode)

Le graphique ci dessus, repris par l'ANSES, provient de la figure 4 de l'étude de B.Zajamsek et al 2016 dont la figure 5, ci dessous qui n'est malheureusement pas reprise par l'ANSES, mais met en évidence que les bruits de basse fréquence sont parfaitement audibles à l'intérieur de l'habitation H 2 dès 30 Hz. 


Cette habitation H 2 est indiquée (3° page) se trouver à 4 km de l'éolienne la plus proche!
On ne peut que regretter que l'ANSES n'ait pas retenu cette figure et ait préféré conclure sur les propres mesures, à 500m et 900m en façade, qui concluent "aucun dépassement des seuils d’audibilité dans les domaines des infrasons et basses fréquences n’a été constaté (< 50 Hz)" 
 Et considère que ses mesures d'absence de dépassement du seuil de l'audition "confirment les tendances observées dans la littérature scientifique."

En tout état de cause les dépassements dans l'étude Zajamsek, retenue par l'ANSES, confirment l'imprudence de l'affirmation que la seule réglementation des limites en dBA est une garantie suffisante :"Le respect de ces valeurs limites doit donc permettre de prémunir les riverains de toute nuisance potentielle liée à l’audibilité des composantes basses et très basses fréquences du bruit éolien. (p 13) Alors que les dBA atténuent d'environ 35dB une fréquence de 40 Hz et ne permettent quasiment plus de mesurer le bruit éolien à 4 km, et aucunement ses basses basses fréquences.

Le rapport ANSES contient enfin un intéressant graphique concernant la propagation du son éolien qui "rebondit" d'autant mieux qu'il retombe de plus haut et explique les gènes décrites à des distances considérables.

Indiquant, sur la même page, qu'en ce cas le bruit ne décroit plus que de 3 décibels au lieu de 6dBA lors du doublement de la distance d'éloignement, entre 2 à 4 km, par exemple, puis entre 4 à 8 km, bien entendu.
Expliquant que dans un lieu parfaitement silencieux, protégé du vent ou de tout autre bruit par le relief, le bruit éolien, d'autant plus intrusif qu'il est impulsionnel et riche en basses fréquences puisse apparaître à l'intérieur des habitations à des distances considérables et provoquer une gène supérieure à celle d'habitations plus proches baignant dans un bruit ambiant plus important.
Le seuil de l'audition étant, rappelons le de 0 dBA.

La Directive européenne sur le bruit 2002/49/CE signale des facteurs aggravants:

"-la composante basse fréquence du bruit est importante,
- zones calmes en rase campagne,
- bruit à caractère impulsionnel."
et la nécessité de protections supplémentaires:

"- protection supplémentaire durant le week end ou une période particulière de l'année,
- protection supplémentaire de la période de soirée"

L'irritation est grande, en effet de se savoir exposé à tout moment, pour des jours et des nuits entières à un bruit de fond permanent, parfaitement identifiable, si faible soit il, impulsionnel et riche en basses fréquences, tandis que l'environnement serait parfaitement silencieux sans lui et troublé par le seul chant des oiseaux.

Dans Low frequency noise and annoyance, H.G.Leventhall relève plusieurs assertions du
« Guidelines for community noise » de l'Organisation mondiale de la santé (OMS)



Les basses fréquences, par exemple de la ventilation peuvent perturber le sommeil et le repos, même avec un bruit faible.
Pour les bruits riches en basses fréquences (comme les éoliennes NDA) il est recommandé d'abaisser le seuil autorisé (plus bas que 30 dBA)
Lorsqu'il y a beaucoup de composantes de basses fréquence, la pondération A est inappropriée.
Une meilleure prise en compte des effets sanitaires serait faite avec la pondération C
Il faudrait prendre en considération qu'une grande proportion de composante de basse fréquence dans le bruit accroit considérablement les effets néfastes sur la santé
La preuve sur le bruit de basse fréquence est suffisamment forte pour demander une prise en compte immédiate du problème.
 
("It should be noted that low frequency noise, for example, from ventilation systems can disturb rest and sleep even at low sound levels"
"For noise with a large proportion of low frequency sounds a still lower guideline
(than 30dBA) is recommended"
"When prominent low frequency components are present, noise measures based on A-weighting are inappropriate"
"Since A-weighting underestimates the sound pressure level of noise with low frequency components, a better assessment of health effects would be to use C-weighting"
"It should be noted that a large proportion of low frequency components in a noise may increase considerably the adverse effects on health"
"The evidence on low frequency noise is sufficiently strong to warrant immediate concern")

 Par preuve, l'OMS entend, bien sûr: faisceau de présomptions suffisamment concordantes pour entraîner l'intime conviction. 
Ainsi, d'ailleurs que pour n'importe quel jugement de tribunal!
L'ANSES se sera ainsi appliqué à pointer une absence de preuve et à rechercher des biais méthodologiques sur l'apport concordant d'expérimentations en laboratoire. Ressortant, pour l'occasion, l'efficace méthode du Dr Coué qui permet de mieux résister en prenant sur soi et en étant mieux préparé à l'agression sonore des éoliennes. 


En tout état de cause, les préconisations de l'OMS, pas plus que la Directive européenne 2002/49/CE ni même le code de la santé publique ne s'applique à la protection des riverains d'éoliennes.


 













 

mardi 11 avril 2017

Quelques réflexions sur l'énergie

Pour répondre à quelques idées reçues sur l'énergie, à l'heure où cette question est primordiale aux yeux du monde.

Le CO2 est-il un polluant ?

Non. Le CO2 est un gaz indispensable à la photosynthèse et à toute la chaîne de la vie sur notre planète. Pendant 500 millions d’années, la moyenne du taux de CO2 atmosphérique a été de 2000 ppm environ. Mais grâce à l’augmentation observée de 280 ppm au début de l’ère industrielle à 400 ppm actuellement (la végétation est donc en manque), la planète reverdit et les récoltes sont meilleures, ce qui contribue à réduire la faim dans le monde. Certes, l'activité humaine émet de vrais polluants néfastes à la santé publique : oxydes de soufre et d’azote, microparticules, ...) qu'il faut réduire.Mais taxer le gaz de la vie est absurde, sauf à vouloir diminuer la consommation des énergies fossiles au profit d'autres sources non carbonées (nucléaire, hydraulique, …).


http://www.economiematin.fr/news-quelques-reflexions-autour-de-l-energie

dimanche 9 avril 2017

Sortir du nucléaire

La politique de la preuve


Comment sortir du nucléaire autrement que les pieds devant


La peur du progrès?
Parmi les évolutions technologiques du siècle dernier, 2 révolutions majeures ne manquent pas de points communs, par les perspectives qu’elles permettent et par la peur qu’elles inspirent.

Malgré l’appréhension qu’il suscite, le transport aérien a évité des centaines de milliers de morts, du moins, à nombre égal de passagers au kilomètre.

Et l’énergie nucléaire est de loin celle qui a provoqué le moins de morts par milliard de MWh produits.



Et c’est en toute logique qu’un rapport 2013 de l’Institut Goddard de la NASA considère que l’énergie nucléaire aurait déjà évité 1,8 million de morts dans le domaine de l’énergie.
De même, malgré ses 140 000 morts depuis les premiers vols de 1918, le transport aérien a apporté de la sécurité dans les déplacements.

Dans l'inconscient collectif, pourtant, l’un comme l’autre suscitent des réflexes archaïques d'anxiété : le transport aérien pour le fait qu’il nous mène dans les airs, l’énergie nucléaire pour celui qu’on n’en voit pas les radiations.

Le risque zéro
Ni l’un ni l’autre ne peut d'ailleurs exclure l’occurrence d’un accident majeur, les conséquences d’un accident nucléaire n'ayant pas grand chose à envier à celles du crash d'un gros porteur sur une capitale.

Ce qui légitime la volonté de chercher à se passer des services de l'une comme de l'autre de ces technologies et de les remplacer par des solutions alternatives.
Mais viendrait il pour autant à l’idée de quiconque de remplir 2 fois moins les avions et compenser par des trajets automobiles pour prétendre avoir divisé ce risque par 2 ?
C’est pourtant strictement ce que propose la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV).

Vouloir fermer ne serait ce qu'un seul réacteur grâce à des centrales intermittentes éoliennes/photovoltaïque d'une puissance équivalente à la totalité du parc nucléaire n'est pas insensé, bien qu'une saine politique de gestion des risques se doive de mettre en regard les quelques 23 milliards d'euros annuels du surcoût de ce choix (c.f. EEG allemand) avec les domaines de la gestion du risque dans lesquels ces sommes n'auront donc pas été investies.

Le bilan zéro
Mais qu’on ne s’y trompe pas, les énergies intermittentes qui prétendent sécuriser le domaine énergétique n’ont encore jamais permis de fermer la moindre centrale pilotable depuis plus de 15 ans, ni en Allemagne, où les seuls 11,6 GW nucléaires supprimés ont été largement remplacés par + 6 GW de biomasse et + 8 GW de gaz, ni en France, où les seuls 3,2 GW thermiques (charbon) supprimés  correspondent aux 3 GW libérés grâce à l’usine Georges Besse 2 en 2013, les quelques 2 GW de biomasse faisant le reste par rapport aux années antérieures, ainsi que cela est expliqué dans http://lemontchampot.blogspot.fr/2017/02/la-raison-detat.html.
Il n’en va pas autrement au niveau européen, où les quelques 6 GW fossiles supprimés depuis 2011 sont largement compensés par ces 3GW de Georges Besse 2 en 2013 et par l’augmentation de la biomasse, dans le même temps.

Source entsoe l'électricité en Europe

La présentation biaisée du bilan
Et jusqu'alors, le développement de l’intermittence n’aura encore permis que de diminuer le taux de charge des moyens pilotables, ainsi que cela est détaillé pour chaque filière dans
http://lemontchampot.blogspot.fr/2017/03/ubu-chez-les-allemands.html.

Stratégie équivalente, transposée dans le transport aérien, à un moindre remplissage de chaque appareil sans la moindre modification du nombre de vols. En plus de l'augmentation du risque pour les passagers acheminés par un autre moyen, le principal effet de cette politique serait de priver l'exploitant des moyens de la sécurité de ses appareils.

Le risque de rupture
En janvier dernier, la France a frôlé la rupture d'approvisionnement, avec moins de 1% de marge de sécurité le 25 à 19h. Malgré plusieurs réacteurs arrêtés sur décision de l'autorité de sureté nucléaire, (ASN), le parc nucléaire assurait un taux de charge de 89,5%, tandis que l'absence de vent avait fait tomber celui du parc éolien à moins de 13% de sa puissance installée, l'éolien allemand, à la même heure, faisait 2 fois moins bien encore avec 7,6%.
Quant au photovoltaïque, à 19 h, il était bien sûr à 0% dans nos 2 pays.

Les limites de l'intermittence
Et pour envisager de se passer du moindre MW pilotable installé, il faut être conscient que l'unique choix réside dans son remplacement par un autre MW pilotable, ou la réduction de la marge de sécurité.
Si des pays comme l'Allemagne peuvent prétendre qu'au bout du compte moins de CO2 aura été émis, ce que conteste d'ailleurs l'analyse des facteurs de pollution dont aucun compte n'est tenu, a-t-on seulement réalisé les 3 conséquences inéluctables du suivi de charge que s’apprête à subir le parc nucléaire pour lisser la production éolienne ?
1° Fragilisation de la partie conventionnelle des réacteurs
2° Augmentation de la quantité de déchets radioactifs
3° Perte de rentabilité pour EDF

La France étant le seul pays où les pièces les plus sollicitées par le suivi de charge (circuit conventionnel, générateur de vapeur...) sont surdimensionnées pour permettre à la plupart des réacteurs de moduler rapidement leur production.
(Source SFEN)
Cette perte de rentabilité, due à une diminution de la production pour un coût d’exploitation des réacteurs équivalent, privant ainsi EDF des moyens de leur sécurité, de leur renouvellement et de leur démantèlement.
Cachez ces déchets que je ne saurais voir
Qu’on l’ait voulu ou non, nous sommes en plein vol et la question n’est pas de savoir si nous voulons, ou non, gérer les déchets nucléaires, mais, dans un premier temps de trouver la meilleure solution pour les retraiter, les stocker et les éliminer.
Et non se contenter de dire où il ne faut pas les mettre sans suggérer d’alternative.
Et les marchands d’angoisse, qui en font d’ailleurs un fonds de commerce, ont beau jeu de manipuler l’opinion en agitant le spectre de leur dangerosité.
Les fonds privés se sont désormais emparés aussi bien de l’énergie nucléaire et des espoirs suscités par ses nouvelles générations, que du transport aérien et ses débouchés vers la conquête spatiale.
que , accusée de tous les maux, est devenue la victime expiatoire d’une étrange conception de l’écologie.

What Works
France Stratégie vient de publier un rapport sur l'initiative des "What Works" britanniques, dont l'innovation consiste à ne plus se contenter d'évaluer la pertinence d'une politique publique, mais de s'efforcer de quantifier "ce qui marche" et prouve son efficacité.
Ce que France Stratégie nomme "la politique de la preuve".
La question n'étant pas, en effet, de savoir si on s'approche des objectifs de 20%, 37% ou 50% d'énergies renouvelables mais bien de regarder si cette augmentation apporte un quelconque avantage, notamment en équivalent de réacteurs nucléaires que l'on peut fermer en contre partie.

Or, non seulement un quart de siècle de développement de l'intermittence n'a toujours pas permis de fermer quoi que ce soit, mais le suivi de charge imposé au parc nucléaire ne fait qu'en augmenter le risque.

Privilégier l'alternative pérenne
En attendant de pouvoir fermer le moindre des réacteur nucléaires de la génération actuelle, une politique de la preuve doit imposer de les sécuriser et de favoriser la recherche vers une alternative pérenne, dont les perspectives permettent même éventuellement de recycler les déchets nucléaires.
le financement de solutions qui n'ont toujours pas permis de remplacer quoi que ce soit nous éloigne de l'avènement de cette alternative, ainsi que le remarquait Claude Mandil, ancien Directeur de l'Agence internationale de l'énergie.*
"Mais que proposez-vous à la place ?"
Apparaît la question la plus stupide que pourrait poser celui qui, par peur de l’accident, proposerait d’éjecter le pilote en plein vol.
Avec "trouvez vous le nucléaire préférable?", en matière d’énergies renouvelables, cette question fait pourtant office d’argument suprême.



* Claude Mandil : 
"A-t-on au moins permis de progresser sur l’autre objectif, la préparation d’un avenir alimenté par les seules énergies renouvelables ? En réalité, on a fait le contraire. Alors qu’il fallait intensifier les efforts de recherche pour faire émerger les technologies les plus performantes pour demain, on a cru bon de passer immédiatement à la production d’électricité à grande échelle avec les technologies d’aujourd’hui. On dépense des dizaines de milliards pour installer en mer des éoliennes de technologie classique, donc non susceptibles de progrès spectaculaires, au lieu de favoriser la recherche sur des technologies nouvelles dont certaines (pas toutes) pourraient émerger à moyen ou long terme. Et pourquoi les opérateurs se fatigueraient-ils à innover puisque la garantie d’un tarif leur procure des revenus assurés à l’abri de toute concurrence ?
On nous répète à l’envi que la protection de la planète n’a pas de prix. C’est vrai.
Malheureusement elle a un coût, ce qui n’est pas la même chose. C’est pour avoir oublié cette vérité que nous investissons sans sourciller dans des technologies qui coûtent 600 € par tonne de CO2 alors que des technologies existent en abondance entre 50 et 100 € par tonne."



samedi 8 avril 2017

Rapport ANSES éoliennes



Effets sanitaires des éoliennes

Ce que dit le rapport ANSES, et ce qu’il ne dit pas

Jean Pierre Riou


Le rapport ANSES vient enfin de rendre ses conclusions sur les possibles effets sanitaires des basses fréquences (moins de 500 Hz) et infrasons (moins de 20 Hz) dus aux parcs éoliens.
Certains médias ont cru y voir l'affirmation de l’innocuité d'une exposition chronique à ces machines. 
C'était faire preuve d'un regard bien mal éclairée et de conclusions hâtives.
 
Un niveau significatif d’infrasons
En premier lieu, le rapport ANSES constate que "les éoliennes sont des sources de bruit dont la part des infrasons et basses fréquences sonores prédominent dans le spectre d’émission sonore."
Et relève la présence des infrasons éoliens loin de leurs sources d'émission, comme, ci-dessous, à 2,5 km.
A la distance réglementaire de 500m, le rapport considère, p 152, que leur niveau dépasse le seuil de l’audition, plus de 5% du temps au dessus de 5 Hz, moins de 5 % en dessous.

Ce qui n’est pas anodin, notamment pour la législation danoise, ainsi décrite p 78 : « Pour les infrasons environnementaux, la Danish Environmental Protection Agency (DEPA)recommande que les niveaux d’exposition des citoyens soient inférieurs de 10 dB au seuil d’audibilité des infrasons. »
Ce qui doit rappeler, au passage, qu’il n'est guère plus judicieux de supposer que les infrasons ne seraient pas dangereux, pour la seule raison qu’on ne les entend pas, que de prétendre que les radiations ne le seraient pas pour la raison qu’on ne les voit pas.

L'absence de toute prise en compte en France
Comparant les différentes législations, le rapport indique que quantité de pays imposent une réglementation des infrasons, notamment pour les éoliennes, tels la Grande Bretagne, le Japon, la Pologne, l’Allemagne, la Finlande. Le rapport oublie d’ailleurs de mentionner le Danemark, où ceux-ci sont pourtant réglementés dès 10 Hz depuis 2011 quand l’ANSES n’y évoque pourtant que le contrôle des seules basses fréquences à partir de 20 Hz.

La suppression du simple contrôle des émergences spectrales à partir de 125 Hz
Pour les textes régissant les éoliennes françaises, le rapport indique curieusement :
« Ces textes considèrent les bandes d’octave de 125 à 4 000 Hz. Les très basses fréquences et les infrasons, plus difficiles à mesurer, ne sont actuellement pas pris en compte. »
Alors que depuis l’arrêté du 26 aout 2011, pourtant évoqué, le contrôle des émergences spectrales de 125 Hz à 4000 Hz, actuellement obligatoire dans le code de la santé publique, a été supprimé de la réglementation concernant les éolienne, et remplacé par une simple recherche de tonalité marquée, beaucoup moins contraignante.

Une pondération G trompeuse et obsolète
De façon étonnante, le rapport n’utilise ensuite que la pondération G (dBG), d’ailleurs obsolète en France, pour étudier les infrasons, alors que cette pondération minore considérablement les valeurs des fréquences inférieures à 10 Hz, au lieu d’utiliser les décibels non pondérés (dB) également appelés linéaires (dBlin), généralement affectés à cet usage et qui rendent strictement compte de la valeur de chaque fréquence infrasonique.

Et de façon plus étonnante encore, parvient à la conclusion que les seuls dBA sont suffisants dans la réglementation et permettent d'en déduire la valeur des infrasons.
Ce qui est tout sauf exact, la distance, la topographie, les conditions météorologiques et même les matériaux de construction, ayant des effets très différents sur la propagation de chaque fréquence, ne permettent en rien de présumer de la valeur des infrasons à partir de la seule valeur du bruit global des éoliennes mesuré en dBA qui atténuent considérablement les basses fréquences et ne tiennent quasiment aucun compte de la valeur des infrasons.
"Cependant, le profil particulier du spectre sonore éolien implique une proportionnalité
entre le contenu spectral mesuré en dBA et le contenu spectral de la partie infrasons et basses
fréquences sonores. Ainsi, des informations pertinentes concernant l’exposition aux infrasons et
basses fréquences peuvent être obtenues à partir de données d’exposition mesurées en dBA.
Cette constatation rejoint celles dressées par des études récentes".

Il est d'ailleurs dommage que l'ANSES ne précise pas auxquelles études récentes il fait allusion.

Le recentrage sur le bruit en général :
Les éoliennes perturbent le sommeil
Considérant une carence d’études épidémiologiques s’attachant spécifiquement aux infrasons, l'ANSES retient 10 des principales études épidémiologiques transversales sur les effets sanitaires du bruit éolien, en général.
Et conclut p 173 « Toutes les études épidémiologiques transversales qui ont recherché une association entre l’exposition au bruit des éoliennes et la qualité du sommeil (sauf une) ont montré une relation significative. »

Des effets biologiques mesurés
L’étude transversale considérée la plus complète par l’ANSES est celle de Santé Canada, menée sous la direction de D.Michaud, d’ailleurs membre du groupe ANSES.
Cette étude a clairement mis en évidence le lien entre les déclarations des participants sur leur état de stress et leur taux de cortisol capillaire.
Ce lien établit ainsi que les plaintes des riverains correspondent à un préjudice sanitaire réel, puisque le cortisol capillaire est un marqueur biologique objectif du stress.

L’absence, sans surprise, d'un autre lien
Les études retenues, par contre, ne constatent pas le lien des symptômes déclarés avec la distance aux éoliennes, ou avec le niveau de bruit global, mesuré en décibel A.

Ce qui ne saurait surprendre puisqu’on sait parfaitement que ce n’est pas du niveau du bruit ambiant global que dépend la gène provoquée par les éoliennes, mais de l’émergence de leur bruit particulier et que cette émergence est d’autant plus importante et dérangeante que le bruit de fond est faible.
Et que d’autre part, la quasi-totalité des études s’accordent pour considérer que la pondération A est incapable de rendre compte de la gène provoquée par les éoliennes qui est notamment caractérisée par l’importance de leurs basses fréquences.

A.Salt, abondamment cité par l’ANSES, a notamment montré qu’une fréquence supérieure (500 Hz) diminue la perception des fréquences les plus basses (5 Hz).


Confirmant ainsi que ce n’est pas au pied de l’éolienne que les basses fréquences sont les mieux intrusives, mais lorsque elles sont débarrassées des fréquences les plus hautes, notamment par l’éloignement, leurs conditions de propagation étant bien supérieures à celles des fréquences plus élevées.

Bruit global : la fin du confort acoustique pour les riverains d'éoliennes
La page 96 du rapport présente un tableau évocateur qui aide à comprendre l’irritation et la gène de riverains habituées au silence nocturne des zones rurales
Le LAeq (ou équivalent moyen en décibels A) du trafic routier y est considéré sur 24h, le LAeq éolien, calculé sur 10 minutes, est autorisé en France jusqu’à 35 dBA devant les fenêtres (éventuellement ouvertes) des riverains, déclassant ainsi considérablement le confort acoustique de leur chambre à coucher.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) considérant d'ailleurs que les seuils doivent être abaissés lorsque les bruits incriminés sont riches en basses fréquences.

Le retour de l’"effet nocebo"
Et pour expliquer les innombrables troubles sanitaires décrits dans la littérature sur le sujet, le rapport ANSES évoque alors le possible rôle du véritable poncif éculé cherchant à masquer tout scandale sanitaire : l'effet nocebo, selon lequel, lorsqu’on est malade, il ne faut s’en prendre qu’à soi-même et à ceux qui ont véhiculé l’idée que nous allions l’être.
Si personne ne songe à contester l'évidence que l’attitude individuelle face à un risque sanitaire est déterminante, dans un sens comme dans l'autre, dans toute pathologie, la commission sénatoriale australienne, notamment, avait mis à mal cette tentative d’explication pour les symptômes liés aux éoliennes, et dénoncée par de nombreux scientifiques qualifiés tels que Dr Malcolm Swinbanks, en raison de la gravité des symptômes constatés et du fait que ceux-ci affectaient tout aussi bien des populations qui percevaient auparavant les éoliennes de façon favorable et se réjouissaient de leur arrivée. 

Cette Commission sénatoriale avait également longuement critiqué l’absence de qualification professionnelle de Simon Chapman qui évoquait le rôle de cet effet nocebo et dénoncé le fait qu’il n’avait même jamais eu le moindre contact avec des victime d'éoliennes. 

Des références douteuses
Et c’est pourtant ce même S.Chapman qui est cité par l’ANSES pour contester les 30 années de travaux scientifiques de l’équipe portugaise Alves Pereira/Castelo Branco sur les pathologies induites par les infrasons, basses fréquences et vibration sous le nom de maladie vibro acoustique (Vibro acoustic disease, ou VAD) et tenter de mettre en doute leurs recherches en laboratoire qui ont amené le Portugal à reconnaitre le VAD en tant que maladie professionnelle du personnel naviguant.

L’ANSES appuie son scepticisme en citant les études de Kasin et al qui n’en confirment pas les résultats, pour avoir notamment recherché d’autres effets, à partir d’autres modes d'expositions, et se sont efforcés de réfuter les pathologies décrites pour les pilotes d’hélicoptères…pour le « Norwegian Defence Medical Services, Institute of Aviation Medicine, Oslo, Norway ».

Quand l’ANSES se prend les pieds dans le tapis
L’ANSES appuie également sa contestation du VAD sur les travaux de Fonseca et al et de Silva et al qui attribuent certains des symptômes du VAD aux seules vibrations.
Alors que ces études contredisent d’autant moins les travaux sur le VAD de l’équipe Alves Pereira/Castelo Branco, que ces derniers travaux émanent précisément de leur propre équipe, (Silva MJ, Carothers A, Castelo Branco NA, Dias A, Boavida MG. (Ricardo Jorge National Institute of Public Health, Lisbon, Portugal), qui considère que ces études renforcent encore leurs précédentes publications sur le VAD. (2)
Mariana Alves Pereira ayant été  assistante coordonnatrice du programme VAD de 1988 à 2013.
L’absence de tout contrôle des vibrations en France
Ces effets des vibrations donnent d’ailleurs toute son importance au constat de la page 74 du rapport ANSES qui dénonce la « singularité française et le vide réglementaire concernant la protection des personnes contre les vibrations environnementales et les bruits solidiens émis dans l’environnement » et cite le rapport : « Protection contre les vibrations environnementales : le cas français » (Elias et al. 2007)

De nombreux critères spécifiques de gène
Le rapport mentionne la gène provoquée par l’amplitude de modulation du bruit éolien, les flashs lumineux, l’effet stroboscopique….
Ce qui évoque le constat de carence concernant la prise en compte des critères de gène spécifiques aux éoliennes du précédent rapport (AFSSET mars 2008) qui indiquait : « En particulier le domaine de validité des critères d'émergence (en termes de niveaux et de dynamique des bruits) n'a pas été vraiment exploré, et la plus totale ignorance est de règle quant à l'existence d'effets de seuil, de validité spectrale, d'application aux bruits impulsionnels, de validité en fonction de la durée d'exposition, et de limitations diverses, ceci en dépit des souhaits déjà manifestés dans le passé par la commission Afnor S 30 J (bruits de l'environnement) ou plus récemment par le Conseil National du Bruit. »(p93)

Face auxquels il est urgent de ne rien faire
Et contre toute attente, alors que depuis cet avis, le seuil autorisé pour les éoliennes est passé de 30 dBA à 35 dBA et que celles-ci sont désormais dispensées de tout contrôle des émergences spectrales, le rapport ANSES considère que la réglementation française est parfaitement adaptée à la problématique de la protection sanitaire des riverains !
Pire, elle préconise le renforcement d’une mesure jugée trompeuse et nuisible par le Conseil national du bruit : celle du bruit en limite de propriété. (1)

Un bilan lacunaire
Le rapport ANSES compare les distances d’éloignement retenues chez nos voisins en semblant ignorer que la Bavière et la Pologne ont établi une distance bien supérieure à celles qu'elle évoque, en l’occurrence 10 fois la hauteur des machines, pales comprises, entre éoliennes et habitations.
Le cas bavarois rappelant d’ailleurs la difficulté de protéger les riverains, puisque cette règle d’éloignement était attaquée en justice par la filière professionnelle, avant que la Cour constitutionnelle ait confirmé cette mesure le 10 mai 2016.

On peut enfin regretter les nombreuses études non retenues par l’ANSES pour ne pas avoir été considérées « articles sources », ou complètement ignorées comme celles de J.Mikolajczack et al montrant les effets de la proximité des éoliennes sur le taux de cortisol des oies ou de M. Karwowska sur la qualité de la viande des porcs, ou encore des rapports tels que celui de l’Institut de santé publique polonais qui, après l’étude de 487 publications de ce genre considère qu’il est nécessaire de protéger les riverains des basses fréquences et infrasons des éoliennes par une distance d’éloignement de 2 km par rapport aux habitations.

Le précédent rapport (AFSSET mars 2008) avait considéré que Les avantages de la mise en œuvre d’une telle mesure (1500m) d’application simple doivent être mis en balance avec le frein au développement qu’elle constitue ». (p 91)

Le rapport du ministère de la santé finlandais du le 17 juin 2014 préconisait l’application d’une distance minimum de 2 km avec les maisons.
Il concluait  « Les acteurs du développement de l’énergie éolienne devraient comprendre qu’aucun objectif économique ou politique ne doit prévaloir sur le bien-être et la santé des individus » 
Cette conception de la protection sanitaire l’honore.
La problématique des infrasons ne se limite pourtant pas à cette seule distance.

Un rapport franco français
Le rapport sénatorial australien, évoqué ci dessus, avait été rédigé après des centaines d'auditions de scientifiques, de victimes et d'acteurs de la filière.
Son chapitre 2, concernant les effets sanitaires, était introduit de façon éloquente en ces termes: "L'impact des éoliennes sur la santé a fait l'objet d'un nombre considérable de spéculations et a suscité de sérieuses controverses dans le monde entier. 
L'Australie n'a pas été épargnée. Ici, comme dans beaucoup d'autres pays, il existe un hiatus évident entre la position officielle selon laquelle les éoliennes ne présentent aucun danger pour la santé humaine et l'apparition continue de fortes preuves empiriques, biologiques et provenant de témoignages de nombreuses personnes vivant à proximité des éoliennes et souffrant des mêmes symptômes physiologiques et de détresse."

La position nationale officielle n'y fait donc pas exception. En se contentant d'une version française de son "édition scientifique", l'ANSES ne permet pas à la communauté scientifique internationale de bénéficier des éventuelles avancées de ses 3 années de recherche, la langue anglaise étant de rigueur pour pour y prétendre.

Du même coup, l'ANSES en évite son regard critique.

On ne peut que le déplorer.

Annexe

1 Le Conseil national du bruit, dans son avis du 29 juin 2011 sur le texte de l’arrêté, avait donné un avis favorable au projet d’arrêté, « toutefois assorti d’une réserve de fond
. Les réticences portent sur l’introduction, en complément du critère d’émergence actuellement en vigueur, d’un critère de niveau de bruit maximal (70 dB(A) le jour, 60 dB(A) la nuit) à respecter à une certaine distance du parc. Selon toute vraisemblance, la distance retenue devrait être égale à : 1,2 x (hauteur de moyeu + longueur d’un demi-rotor). La commission technique, dans son avis, considère qu’à une telle distance, le critère de niveau de bruit maximal sera facile à respecter. Ce critère supplémentaire s’inspire de la réglementation du 23 janvier 1997 sur les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), à cette différence près que, dans le projet d’arrêté, les limites admissibles sont fixes, et ne sont pas précisées par un arrêté préfectoral, sur la base des résultats d’une étude d’impact acoustique. A première vue, ce critère supplémentaire renforce la protection des riverains, mais il est perçu par la commission technique du CNB comme risquant « d’avoir un effet contraire à celui recherché ». Le risque ? Véhiculer l’idée que l’impact sonore du parc respecte la réglementation dès lors que ces seuils de 60 et 70 dB(A) – faciles à respecter, on l’a dit – ne sont pas atteints, dévalorisant ainsi les limites nettement plus strictes fixées en matière d’émergence. Pour la commission technique, cette distorsion pourrait se traduire par des contentieux. »
Comment ne pas s’interroger sur la préconisation de l’ANSES de « La nomination d’un interlocuteur privilégié, chargé du suivi de ce contrôle systématique des expositions et de la réponse aux sollicitations des riverains devra être envisagée »

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mercredi 22 mars 2017

L'exception française

L'exception française


Jean Pierre Riou

Plus gros exportateur mondial
Le parc de production d'électricité français n'a pas d'équivalent dans le monde.
Il est l'un des moins émetteurs de CO2 alors que le pays ne dispose pas de ressources naturelles comme l'hydraulique norvégien ou costaricain. Il permet à la France de disposer d'un des kWh les moins chers du continent et d'être le plus gros exportateur mondial d'électricité. (12 fois sur ces 15 dernières années, source Enerdata)

Un fonctionnement nucléaire unique au monde
Ses centrales thermiques sont réduite à une portion si congrue que ce sont ses réacteurs nucléaires qui se chargent du suivi de la consommation.
L'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques avait publié un rapport indiquant que (depuis au moins 2002), "seules 10 tranches sur les 58 du parc électronucléaire d’EDF fonctionnent en base. Les 48 autres voient leur puissance modulée en fonction des besoins du réseau."
Ce suivi de charge comporte cependant 2 inconvénients majeurs, la perte de rentabilité de réacteurs qui pourraient produire plus pour des coûts quasi identiques et la fragilisation des installations liée aux variations de régime. 
Selon ce rapport, le suivi de charge par le nucléaire français est unique au monde.
 Mais il constate qu' "Aucune des personnes auditionnées à l’étranger n’a émis le moindre doute sur le fait que les variations de réactivité, de température et de pression entraînées par le suivi de charge ne peuvent qu’accélérer le vieillissement des composants d’une centrale".

La encore, l'expertise française en limite les effets par le surdimensionnement des principaux points de sollicitation, dès la conception des réacteurs. Pour autant, malgré l'absence d'observation d'éléments concret attestant d'une dégradation accrue des tranches fonctionnant en suivi de charge, les responsables français constatent que "les expériences conduites en laboratoire montrent une dégradation plus importante des composants avec le suivi de charge."

D'autre part, le fonctionnement en suivi de charge entraîne une augmentation des effluents radioactifs, nécessitant des filtrations supplémentaires et donc d'avantage de concentrats à enfûter.  


Mais c'est ce parc unique au monde qui a permis à notre production d'électricité, alors monopole d’État, de s'affranchir tout à la fois des pays producteurs de pétrole - lors du 1° choc pétrolier - de la dépendance de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) et des tensions géostratégiques menaçant les approvisionnements de gaz.

L'ouverture à la concurrence
En 2007, l'ouverture du secteur de l'électricité à la concurrence a bouleversé la donne, les subventions aux énergies renouvelables ont fait le reste.
Et la production d'EDF est désormais concurrencée par des opérateurs et investisseurs étrangers, tels que les allemands RWE ou E.ON, notamment spécialisés dans l'éolien.
Et alors que leurs MWh intermittents sont bien incapables de rendre les mêmes services que des MWh pilotables, la priorité qui leur est accordée sur le réseau contraint les autres à s'adapter.

Et, au nom d'un engagement pour le climat, ces "intermittents de l'énergie" provoquent des contraintes supplémentaires sans offrir pour autant la contre partie d'un quelconque avantage, notamment en raison de l'impossibilité de se passer de la moindre puissance installée pilotable en échange de l'installation de moyens intermittents, quelle qu'en soit la puissance.

Et derrière le slogan médiatique de la réduction du nucléaire à 50% de la production au lieu de plus de 75% actuellement, c'est bien une unique diminution du taux de charge nucléaire qui se profile sans que cette coûteuse révolution puisse permettre la fermeture du moindre réacteur.

Les faits sont têtus.  

La gestion des risques
Le propos n'est pas de nier les risques inhérents à l'énergie nucléaire, même civile.
Ni de les comparer avec celui d'un avion de ligne s'écrasant sur une capitale, un grand barrage hydraulique cédant lors d'un tremblement de terre ou avec les 20 000 morts survenus lors de l'explosion de l'usine chimique d'Union Carbide à Bhopal et la contamination qui s'en est suivie.
Ou plus simplement avec les milliers de morts provoqués chaque année par le charbon.

Mais la peur est mauvaise conseillère et le principe de précaution, appliqué à lui même, s’exclurait du domaine de la gestion des risques tant il y serait dangereux.
Les avantage de chaque activité humaine doivent être mis en regard de leurs inconvénients.
Un rapport du NASA Goddard Institute de 2013 estimait que l'énergie nucléaire avait évité 1,84 million de morts par rapport aux autres moyens de production d'électricité.

Pour autant, comment ne pas approuver la réduction d'un risque dès lors qu'elle est proposée et qu'elle ne s'accompagne pas de la création d'un risque plus grand encore?

Mais en matière de gestion des risques, il ne suffit pas de prétendre que l'énergie du vent est capable de faire faire baisser la part du nucléaire pour démontrer que cela servirait à quoi que ce soit !

L'autoflagellation
Et l'exception française la plus marquante reste sa propension à l'autoflagellation.
Car sans la contre partie de la fermeture de certains réacteurs - ce dont la pertinence reste encore à démontrer - on peut s'interroger sur l'avantage que procurera la baisse des taux de charge de nos réacteurs qui n'aura donc pour effet que de les fragiliser et de priver EDF des ressources financières nécessaires à leur entretien et leur renouvellement.
Et si on peut comprendre que l'opinion publique puisse être manipulée, particulièrement par les marchands d'angoisse, et se gargarise des 50 ou 100 milliards d'euros nécessaires au grand carénage de nos réacteurs sans les mettre en regard des 18 milliards d'euros de production électrique annuelle, avec un simple taux de charge de 75% et une production au prix ARENH de 42 €/MWh.
Ou avec les 150 milliards déjà dépensés par l'Allemagne pour ses énergies renouvelables, alors que ses quelques 11,6 GW nucléaires supprimés en 15 ans ont été intégralement compensés par + 8 GW de gaz et + 6 GW de biomasse sans avoir pu réduire son parc électrique d'1 seul MW pilotable installé.
Mais il est plus troublant de constater que c'est EDF lui même, ainsi que la Société française d'énergie nucléaire (SFEN) qui vantent la complémentarité des réacteurs nucléaires avec l'intermittence des éoliennes grâce à la possibilité des réacteurs de faire varier plus encore leurs taux de charge pour suivre, de surcroît, les caprices chaotiques du vent.

Par tradition révolutionnaire le français aime bien faire table rase.

Surtout de ce qui fonctionne bien.















mardi 21 mars 2017

Le défi nucléaire

Le défi du nucléaire français
Jean Pierre Riou

Flexibilité nucléaire
Contrairement à une idée reçue, les réacteurs nucléaires français sont capables de varier de puissance jusqu'à 80% à la hausse ou à la baisse en moins de 30 minutes.
Et contrairement au parc nucléaire allemand, qui fonctionne uniquement en base avec un taux de charge compris entre 85% et 91%, le parc nucléaire français adapte constamment sa production, aussi bien aux variations saisonnières que journalières de la consommation.
(Source analyse J.P.Hulot sur les données consolidées de RTE)

La Société française d'énergie nucléaire cherche à verdir l'image de cette filière en montrant que cette flexibilité pourrait, de surcroît, permettre d'intégrer une part croissante de production intermittente provoquée par le développement de l'énergie éolienne.

Aléas éoliens
En effet, les aléas météorologiques ne permettent pas à la production éolienne de prétendre rendre les mêmes services qu'une production pilotable telle que le nucléaire.
Pour s'en convaincre, le graphique ci dessous est éloquent et montre, en bleu, la production éolienne du mois écoulé et, en miroir, les exportations, en gris.


(Source http://www.rte-france.com/fr/eco2mix/eco2mix-mix-energetique)

Bien évidemment, la production éolienne n'est pas le seul paramètre qui conditionne le volume de nos exportations.
Pour autant, le lien entre celles ci et les excédents aléatoires éoliens semble difficile à à ne pas voir.

Conséquences sur les autres filières
En Allemagne, les énergies renouvelables intermittentes (EnRi) ont principalement entraîné une diminution du taux de charge des centrales à gaz et à charbon, mais quasiment sans affecter le taux de charge du lignite, plus compétitif, ni celui du nucléaire, pour lequel le coût du combustible reste très marginal (quelques centimes d'euros par MWh).
Mais pour autant, ces EnRi n'ont pas permis de fermer le moindre MW de centrale pilotable.

La dérive annoncée
Pour répondre aux engagements de la loi de transition énergétique pour une croissance verte (LTECV), l'avenir du nucléaire consiste désormais, sans l'ombre d'un doute, à réduire sa production pour la calquer sur le fonctionnement chaotique des éoliennes jusqu'à ne plus représenter que 50% de la production au lieu de 77% actuellement.

Pour un intérêt sur lequel il est permis de s'interroger.

Les 2 principales conséquences étant la fragilisation des réacteurs et la ruine de leur rentabilité.
Ce que même les allemands se sont bien gardés de faire.

Dans une contribution pour France Stratégie, l'ancien Directeur de l'Agence internationale de l'énergie Claude Mandil introduit son propos en ces termes:
"Pourquoi et comment soutenir le développement de la production d’électricité renouvelable ?

Écartons l’argument tautologique : parce que l’Europe s’est donné un objectif de
pénétration ambitieux ; on fait parce qu’on a décidé. Certes, mais pourquoi a-t-on décidé ?"


Et si on commençait par répondre clairement à cette question...pour voir?

mercredi 15 mars 2017

Ubu chez les allemands



UBU chez les allemands

Ou les chiffres officiels d'une combinaison perdante
Jean Pierre Riou

Les coûts d'une politique

Avec un des kWh les plus chers d’Europe, derrière celui des danois, ce sont les ménages allemands  qui supportent les surcoûts des tarifs d’achat préférentiels accordés à leurs énergies renouvelables, tandis que leurs industries de taille moyenne conservent, ainsi qu'en France, un tarif compétitif.

Cependant, les 23 milliards d’euros de taxes pour l'année (EEG 2016), responsables de ces tarifs, ne représentent que la partie émergée du coût d’une transition énergétique ou "Energiewende" qui s'élèverait déjà à 150 milliards d’euros selon l’Institut économique de Düsseldorf, et dont le total devrait atteindre 520 milliards d’ici 2025.


Bilan d'étape
De telles sommes exigent l'évaluation d'un retour sur investissement par un bilan provisoire relatif aux objectifs qu'elles sont supposées atteindre.
Cet objectif est triple: la réduction de l'impact environnemental, la maîtrise des coûts et la sécurité d'approvisionnement.
L'émotion suscitée par les conséquences du tsunami de Fukushima a entraîné la décision de sortir également l'Allemagne du nucléaire.

Puissance installée 

En terme de puissance installée, éolien et photovoltaïque n'ont fait que surdimensionner le parc de production allemand. L'absence de leur moindre puissance garantie ayant entraîné l' impérieuse nécessité de conserver l'intégralité de la puissance pilotable installée en 2002, à besoins pourtant constants de consommation. 
Il en est de même en France, nous l'avons déjà montré et avons expliqué pourquoi.
(http://lemontchampot.blogspot.fr/2017/02/la-raison-detat.html

(Source https://www.energy-charts.de/power_inst.htm)

La sortie du nucléaire

L'examen de l'évolution du parc électrique allemand, sur le graphique ci dessus, confirme en effet que les 11,6 GW nucléaires supprimés depuis 2002 sont intégralement remplacés par + 5,7 GW de biomasse et + 8 GW de gaz, tandis que charbon + lignite restent stables. (Légère augmentation non significative) La puissance intermittente, au dessus du trait rouge, ne faisant que se superposer à la puissance pilotable, sous le trait rouge.
Les chiffres précis en apparaissant, pour chaque filière, sur le site indiqué.

Remarquons qu'en France, ce n'est pas 11,6 GW mais 63,1 GW que représente notre parc nucléaire, et que si l'éolien + photovoltaïque ne permettent pas d'en fermer le moindre réacteur, on peut se demander l'intérêt de les faire fonctionner en régime chaotique pour leur permettre de suivre les caprices du vent.
 
Les effets sur la production

Sur le graphique ci dessous, le trait rouge horizontal reporte sur chaque année le total de la production par des moyens pilotables de 2002.
La consommation, rappelons le, étant restée constante depuis.

Deux constats s'imposent

Le premier est qu'en toute logique, les faibles taux de charge éolien/photovoltaïque donnent de petits résultats pour de grosses puissances installées - par comparaison au précédent graphique - mais surtout, qu'une moitié de leur production correspond, chaque année, aux exportations, figurant en violet tout en bas du graphique.
Ce qui n'est pas pour surprendre, chaque épisode venté entrainant des surproductions éoliennes aléatoires dont l'Allemagne ne sait que faire et qu'elle refoule vers ses voisins à vil prix, parfois même à prix négatifs lors de chaque nouveau "record".

Le second constat est que la légère diminution de la production pilotable, (indiquée "Bilan" sur le graphique ci dessus), s'est donc automatiquement accompagnée d'une diminution du taux de charge des centrales pilotables. Cette diminution entraînant une augmentation des facteurs de pollution, ainsi que cela était exposé dans l'article : http://www.economiematin.fr/news-quand-les-eoliennes-augmentent-les-emissions-de-co2

Cette augmentation relative des émissions de CO2 des filières thermiques restant cependant étrangère à tout bilan puisque ceux ci n'en comptabilisent que les MWh produits.

Zoom sur la dérive des taux de charge

Gaz
La filière gaz, cependant la plus propre des filières thermiques, est la plus affectée par cette réduction de taux de charge, pour la raison qu'elle est moins compétitive que le charbon et surtout le lignite. 
De 33,5% en 2008, son taux de charge est tombé de façon parfaitement régulière, chaque année, jusqu'à 12% en 2015
(Seule l'année 2016 marquant une reprise avec 18,6%, qui correspond d'ailleurs à une légère diminution de production éolien/photovoltaïque malgré l'augmentation de la puissance installée. Mais surtout à des problèmes techniques sur 3 réacteurs nucléaires allemands en fin d'année et à la baisse du taux de charge du lignite...pour la première fois.)
Ces centrales à gaz, indispensables dès que le vent tombe, restent en fonctionnement pour des productions ridicules, comme les 0,012GW en haut de la liste ci dessous (Saarbrücken), ou complètement arrêtées comme l'impressionnante série qui la suit.


La priorité donnée aux éoliennes et leur impact sur le cours du MWh dès qu'il y a du vent aura ainsi forcé l'Allemagne à subventionner un parc de centrales à gaz propres pour qu'il ne fonctionne quasiment pas, pendant que le lignite devenait le maitre du réseau.

Lignite
Le lignite, source la plus polluante, fonctionne en effet en permanence à plein régime et n'a pas vu son taux de charge varier de façon significative depuis 2002, où il était de 78,7% et reste toujours supérieur à 78% en 2013, puis 76% en 2014 et 2015. 
Mais donc 73,7% en 2016, parallèlement à l'augmentation du taux de charge du gaz évoquée, montrant que si l'Allemagne boude sa filière la plus propre elle tire le maximum de la plus sale qui ne cède pratiquement pas quand le vent souffle.


 
Charbon
La tendance de l'évolution de son taux de charge semble être une légère diminution, avec 39,9% en 2016, après avoir été de 48,6% en 2003 - mais aussi en 2013... - et être descendu à 38,3% en 2009, avant la réduction de 11GW du parc nucléaire.
Mais c'est ce charbon qui assure l'essentiel de la variation de puissance éolienne, le gaz n'en ayant pas la capacité nécessaire, et la variation nettement moindre du lignite, moins cher que le charbon, explique son taux de charge record.


Et pour suivre les aléas de l'éolien, nous pouvons observer de nombreuses centrales à charbon retomber à 0 MW, reprendre une faible production et s'arrêter à nouveau peu de temps après, entraînant assurément une quantité d'émission bien supérieure à celle qui correspond aux seuls MWh produits, mais cette production reste pourtant le seul paramètre comptabilisé dans les bilans.
Tandis qu'on sait que ces régimes chaotiques entraînent une augmentation d'émission de CO2.

  Des bilans trompeurs
Ce qui devrait relativiser le "bilan" déjà maigre du graphique "production".
Au lieu de quoi les chiffres sont annoncés en % de MWh produits, dans lesquels les surproductions indésirables permettent de faire baisser la proportion des centrales thermiques.
Hélas, les annoncent trompeuses n'évoquent que l'accroissement de la puissance installée ou ses records de part de la consommation en oubliant de rappeler les conséquences de leur caractère éphémère.
Mais parmi ces nouvelles énergies renouvelables, seule la biomasse, pour être pilotable, peut prétendre avoir remplacé l'équivalent de sa puissance en nucléaire ou en charbon.
Mais au lieu de tenter de maîtriser le stockage avant de déployer des énergies intermittentes, on procède à l'inverse dans le royaume d'Ubu, en faisant d'autant mieux semblant d'ignorer les coûts de cet hypothétique stockage qu'on ignore encore comment on s'y prendrait.

Et chez Ubu on préfère parler de territoires autonomes ou de décentralisation de la production pour tenter de faire croire qu'il n'est pas nécessaire de multiplier les interconnexions pour rester connecté à l'intégralité des centrales pilotables, chargées de veiller, en pré chauffe, aux caprices météorologiques. 
 
Nucléaire
Seul le nucléaire conserve en permanence son taux de charge maximum, supérieur de 10% à celui des réacteurs français. Ce taux est supérieur, chaque année, à 85% et généralement compris entre 87% et 91,6%.
Avec les exceptions de 2016 (84,5%), année ayant connu des incidents sur plusieurs réacteurs, mais surtout des 4 années ayant précédé la fermeture de 8 réacteurs : - 2007 (75,1%), 2008 (78,2%), 2009 (71,3) et 2010 (74,2).
Le nucléaire allemand vise ainsi en permanence un régime et une rentabilité optimum.
Les aléas de sa production n'étant liés qu'à ses problèmes techniques, majoritairement compensés par le charbon.

Ainsi, en mai dernier où 3 réacteurs sur 8 manquaient à l'appel, et où les à coups de des réacteurs Brokdorf et Gundremmingen B préfiguraient d'ailleurs peut être leur arrêt complet de février 2017.


Nucléaire français
Contrairement à une idée reçue, les réacteurs nucléaires sont susceptibles de varier leur puissance de 80% à la hausse ou à la baisse en moins de 30 minutes.
Le parc thermique français, avec 21,7 GW, est particulièrement réduit et émet 10 fois moins de CO2 que le parc allemand. Mais cette vertu lui interdit d'assurer à lui tout seul les variations des besoins de la consommation.
C'est la raison pour laquelle le parc nucléaire français, contrairement au parc allemand, suit au plus près les besoins de la consommation, aussi bien dans ses variations saisonnières que dans ses pics journaliers!
 (Source analyse J.P. Hulot sur les données consolidées RTE)

On peut s'étonner du peu de rentabilité d'une telle stratégie, d'autant qu'EDF a l'obligation de revendre une part de sa production nucléaire (ARENH) au prix de 42€/MWh, afin de faire profiter ses concurrents de l'avantage que lui donne la possession, pour la raison que la création de ce parc avait  été subventionnée.
Et tandis que les médias s'efforcent de présenter ce parc comme un fardeau coûteux, il est considéré comme une rente par la concurrence.
De fait, son simple taux de charge moyen (77%) génèrerait déjà 425 milliards de kWh par an, soit 17,8 milliards d'euros au simple tarif ARENH.

Amener la part nucléaire à 50% en 2025

C'est désormais la filière nucléaire elle même qui propose de se plier à d'avantage d'exigences en suivant, de surcroît, l'intermittence de production des énergies renouvelables.
Et tout laisse à croire que le développement des EnRi ne permettront pas plus de fermeture de réacteur qu'elles n'en ont permis jusqu'alors, et que la rentabilité de nos réacteurs sombrera d'autant plus que les productions intermittentes achèveront la ruine du marché de l'électricité.
EDF sera alors privé à la fois des moyens de sa sécurité, des éventuels démantèlements demandés par l'ASN et de la modernisation de ses moyens de production.

Le bilan allemand

La priorité donnée aux éoliennes et leur impact sur le cours du MWh dès qu'il y a du vent aura ainsi forcé l'Allemagne à subventionner un parc de centrales à gaz propres pour qu'il ne fonctionne pas, pendant que le lignite devenait le roi du réseau et que l'intermittence du charbon augmentait ses facteurs de pollution, en raison de leurs régimes chaotiques, leurs à-coups de fonctionnement ou temps d'attente en pré chauffe, qui entrainent, en fait, une augmentation de CO2.


L'hypothèque sur l'avenir

L'argent public n'est pas renouvelable.
Et si la vie humaine n'a pas de prix, qu'on le veuille ou non, elle a un coût.
Et la politique de gestion des risques est un métier qui doit se garder aussi bien des lobbies que des marchands d'angoisse dans l'utilisation des fonds publics dont elle est garante.

Or, pour supprimer moins de 12 GW de son parc nucléaire, l'Allemagne n'a pas fait que le remplacer par la même puissance thermique pilotable.
Elle a également enfanté une créature surdimensionnée dont l'intermittence convient bien peu à l'équilibre du réseau électrique européen et dont le principal effet est de l'empêcher d'utiliser rationnellement son parc de production.
Et cette Energiewende à 520 milliards d'euro a failli dans l'objectif prioritaire qui lui était assigné: celui de réduire les émissions de CO2 du parc de production d'électricité.
Le plus puissant ministre du Cabinet allemand, Peter Altmaïer, vient désormais de reconnaitre officiellement l'échec de cette politique dans son objectif climatique.

Mais surtout, en ruinant avec elle l'ensemble du système électrique européen, cette politique ubuesque aura dissuadé tout investissement dans une alternative pérenne.

Et ce n'est pas là son moindre défaut!