vendredi 24 février 2017

La Raison d'Etat



La Raison d’État
Les tribulations d'une politique énergétique

Jean Pierre Riou

Le malentendu de la compétitivité

Le principal malentendu de la politique énergétique actuelle semble apparaître en termes de compétitivité.
En effet, comment comparer les prix de 2 fournitures aussi différentes qu'un MWh pilotable et un MWh intermittent, celui ci étant bien incapable de rendre le même service.

La sécurité exige une alimentation électrique constante, permettant une stricte adéquation aux besoins de la consommation. 
Comme le serait l'adéquation du nombre de parachutes avec celui des passagers d'un avion à l'instant T.
Un MWh intermittent susceptible de faire défaut au moment où on en a besoin, ne peut être comparé en terme de compétitivité avec un MWh pilotable au seul prétexte qu'il est mélangé avec lui dans un même réseau électrique. 
Sa présence, confondue dans un même marché, fausse celui ci avec une même évidence que l'utilisation forcée et subventionnée de parachutes qui ne s'ouvrent que lorsqu'il y a du vent fausserait celui de la sécurité aérienne. 

Le vent étant gratuit, le coût marginal nul des surplus aléatoires entraîne un effondrement du cours. 
Et celui ci dissuade alors les investissements nécessaires dans toute production de qualité et garants tout aussi bien de la fiabilité des parachutes que de l'absence d'émission de CO2 dans la production d'électricité.

C'est la raison pour laquelle quand le vent tombe, ce sont actuellement les moyens les moins vertueux qui sont encouragés à prendre le relai, tandis que des moyens plus coûteux mais plus propres comme les centrales Cycle combiné à gaz (CCG) sont contraintes de fermer leurs portes.
 
On ne peut parler de compétitivité entre 2 produits de nature différente.
La situation critique de TOUS les électriciens européen en est la dramatique illustration, pour le plus grand malheur d'EDF.
Cette situation compromet également le fonctionnement de son parc nucléaire, sans proposer d'alternative pérenne pour autant.

L'incapacité des centrales intermittentes à remplacer le moindre MW pilotable

Alors que le réseau demande un équilibre permanent, le taux de charge éolien est susceptible de s'effondrer à moins de 1% de sa puissance installée, celui du photovoltaïque tombant chaque soir à 0% de celle ci.
(Source RTE http://www.rte-france.com/fr/eco2mix/chiffres-cles )
 L'absence de possibilité de stockage à grande échelle pour un coût acceptable par la collectivité interdit ainsi aux énergies intermittentes de permettre la fermeture de quelque centrale pilotable que ce soit.
En Allemagne
Le développement exponentiel de surplus intermittents n'a toujours pas permis de fermer le moindre MW pilotable, avec, à besoins constants, 102,88GW pilotables en 2002 et 105,19 GW en 2016.
En France

La même incapacité se vérifie en France où, depuis 2005, notamment, la consommation - de 483 TWh - était strictement égale à celle de 2016, les seuls 3,2 GW de thermique qui ont été fermés correspondent au seul remplacement de l'usine d'enrichissement G.Besse 1 [qui consommait la production des 3 réacteurs du Tricastin (3000MW)] par G.Besse 2, qui consomme 50 fois moins (60 MW) et rend disponible cette puissance supplémentaire sur le réseau depuis 2013.
Le développement parallèle de la biomasse, (1,9 GW en 2016) qui elle, est pilotable, a donné la marge de manœuvre supplémentaire de réduction, notamment avec le pic historique de 27,4 GW thermiques installés en 2010.
Tandis que le parc hydraulique est inchangé depuis 1990 et que le nucléaire a accompagné l'augmentation de la consommation jusqu'en 1999, date depuis laquelle il reste également inchangé.
(Source statistiques RTE de l'électricité complétées du bilan RTE 2016)
 
La concurrence déloyale
Mais c'est, pour 2 raisons, quand elles produisent, que les éoliennes sont les plus néfastes à la pérennité du système électrique.
Baisse de rentabilité des nécessaires centrales pilotables
La ruine avérée du système électrique européen provient notamment des surproductions aléatoires éoliennes dont l'impact sur la bourse du MWh ne saurait être contesté. ​
Source https://www.energy-charts.de/price.htm

Ce qui ruine la rentabilité des centrales pilotables dont on ne peut, pour autant, se passer.


Et pendant que la production éolienne est intermittente selon les caprices du vent,
(Source: analyse J.P.Hulot sur les données consolidées RTE)
notre parc nucléaire suit au plus près les besoins de la consommation et se vante même de suivre l'évolution de la production éolienne, pour un intérêt qu'on est en droit de se demander.
(Source: analyse J.P.Hulot sur les données consolidées RTE)

Tandis que plus le cours s'effondre, lorsque les éoliennes produisent, et plus le consommateur doit payer cher la compensation avec les largesses qui leur sont accordées, quel qu'en soit ce système de compensation.

Leur besoin de restructuration de l'ensemble du système  pour exister
Le plus grave étant le problème que cette surproduction pose au réseau pour lui permettre de la refouler, toujours plus loin, vers des lignes de tension toujours plus fortes.
Impact négatif sur le CO2 et les prix du MWh
Bernard Durand vient de publier une excellente étude dans laquelle il met en évidence la corrélation de l'augmentation du prix du kWh avec la quantité d' EnRi installées dans les 15 pays de l'UE. Ou, plus précisément d'ELRi, puisqu'il s'agit des "électricités" renouvelables intermittentes.

ainsi que la corrélation inverse avec la réduction de CO2!
C'est ainsi que sans permettre la moindre fermeture de réacteur, ces ELRi qui soufflent sur la bourse du MWh et ruinent la compétitivité d'EDF, le prive des moyens de sa sécurité et de son indispensable renouveau.
Tandis que pour la 2° année consécutive, les émissions de CO2 de notre parc électrique ont augmenté en 2016, avec plus de 28 Millions de tonnes contre 19 en 2014. 
(En Allemagne, c'est plus de 300 Millions)


Une augmentation de CO2 minimisée par les chiffres

De plus, ces estimations ne prennent même pas en compte le fait que que les centrales thermiques, ainsi empêchées de fonctionner à leur régime optimum, émettent bien d'avantage de CO2, par l'augmentation de leurs facteurs de pollution ainsi entraînée.
Ce dont les bilans ne tiennent aucun compte le seul calcul des MWh produits étant retenu.
Le prétendu retard de la France

Sait on même que la France n'est aucunement en retard sur quiconque, dans la lutte climatique, mais au contraire, est en 4° position mondiale sur la faiblesse de l'intensité CO2,
(Source Enerdata)

et vient de se voir attribuer le meilleur indice au monde sur l'efficacité climatique.
L'indépendance énergétique

En l'absence de moyens de stockage à grande échelle, dont l'horizon reste hypothétique, toute transition énergétique passe, avant tout, par le gaz et les relations avec la Russie, comme le montre l'importance croissante de la dépendance de l'UE avec celle ci


Et le rôle de plaque tournante du gaz européen que s'apprête à jouer l'Allemagne, à horizon 2035, horizon pour lequel une quelconque sortie du gaz ne semble pas à l'ordre du jour.

Une sortie du nucléaire allemande bien timide

La prétendue "sortie du nucléaire" allemande n'aura d'ailleurs consisté, pour le moment, qu'à une réduction de 12 GW de son parc nucléaire depuis 2002, ceux ci étant largement remplacés par les seuls + 6 GW de biomasse et + 8 GW de gaz. 
Tandis que la puissance installée en charbon et lignite est restée strictement inchangées depuis, ainsi qu'on peut le vérifier avec le lien du 2° graphique.
Et cette réduction de son parc nucléaire ne correspond, en fait, qu'à peu près à celle que vient d'affronter la France en raison des contrôles systématiques qui viennent d'être imposés aux générateurs de vapeur d'une bonne dizaine de réacteurs durant les jours les plus froids, et avec une réussite dont on aura assurément masqué la réalité.
Pour plus de détails, voir:

La gestion du risque
Quantité de nouvelles technologies émergent, qui s'imposeront pour remplacer progressivement les réacteurs actuels. Le renouveau de la conquête spatiale n'est d'ailleurs pas étrangère à cette quête du Graal. Après la Chine, même l'Inde semble s'y intéresser de près

Ce n'est pas en refusant de gérer les déchets nucléaires de la génération actuelle de réacteurs, qui sont d'ailleurs appelés à devenir combustibles d'une génération future, qu'on risque de faire progresser la question, pas plus qu'en décidant, pour raison de promesse électorale, de fermer des réacteur considérés sûr par l'autorité chargée de se prononcer. 
Et tant que les solutions alternatives ne sont en mesure de les remplacer, le nucléaire demeure, qu'on le veuille ou non la source d'électricité pilotable la moins dangereuse à l'heure actuelle.

La croissance verte


Le hiatus entre slogans et réalité n’est pas moindre dans le domaine de l’emploi.
Les panneaux solaires proviennent essentiellement de Chine, les éoliennes de cette zone Asie Pacifique (APAC, en rouge ci-dessous), d’Allemagne (GE, Siemens, Enercon) et d’Espagne (Gamessa)

(Source http://www.planetoscope.com/eolienne/1060-production-mondiale-d-energie-eolienne.html)

Depuis 2014, date de ce classement, AREVA a soldé sa tentative dans le domaine par un fiasco économique en revendant à Gamessa, désormais propriété de Siemens. Avec, selon "Challenges", 550 millions de pertes dans les renouvelables pour la seule année 2014

On se doute que ce n'est pas non plus en phase exploitation que ces énergies créeraient plus d'emplois qu'elles n'en détruisent.
En tout état de cause leur faiblesse en emplois temps plein par MW installé en phase exploitation est confirmé par le rapport des 400 experts de l'ANCRE.
(Source Scénarios de l'ANCRE pour la transition énergétique)
Et suffisamment d'études, telles que celles de l’Universidad Rey Juan Carlos, de Beacon Hill Institute, de Gordon Hughes , de l’Instituto Bruno Leoni ou bien d’autres avaient conclu que le développement des énergies renouvelables détruisait les emplois.
Rappelons que concernant les sources des chiffres officiellement avancés, la Cour des Comptes avait considéré:
« ces sources sont souvent croisées entre elles ou avec celles non validées des organisations professionnelles, ce qui multiplie les incertitudes et les risques de propagation des erreurs d’estimation ». (Rapport juillet 2013, p 64)

La Raison d’État
La politique nucléaire française avait été initiée par Georges Pompidou,afin de  sortir le pays du piège où l'avait enfermé les années de pétrole facile et bon marché, face au premier choc pétrolier.
Cette politique volontariste affranchissait en même temps le pays de l'emprise de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) créée à cette occasion. 
Cette politique exprimait clairement ses objectifs qui étaient dictés par la Raison d’État et qu'elle a amplement atteints en contribuant à l'indépendance et la grandeur de la France d'alors.

La Raison d’État céda ensuite la place à des raisons électorales et à l'apparition d'une cohorte d'apôtres de la décroissance, pour le plus grand bonheur des pays que menaçait cette réussite.
Une campagne publicitaire sans précédent et des décisions bureaucratiques européennes auront achevé la mise en œuvre de cette politique contraire aux intérêts de la France.

Des promesse inconséquentes

Les promesses de sortie du nucléaires qui ne proposent pas d'alternative pilotables engageront des centaines de milliards d'euros d'argent public sur des hypothèses d'une fragilité extrême, pour ne pas dire fantaisistes, au vu du bilan de bientôt un quart de siècle de leur développement.

Mais bien pire encore, elles priveront EDF des moyens de sa sécurité et de son renouveau, seule sa branche "renouvelable" lui permettant alors de survivre, par perfusion d'argent public.
Tandis que s'éloignera la perspective de toute alternative pérenne.

La politique énergétique conditionnera la prospérité des années à venir. C'est elle qui peut rendre possible la réalisation des programmes industriels, sociaux et économiques de notre prochain gouvernement.
Le futur président ne doit pas jouer sur l'émotion irrationnelle, mais sur des bilans chiffrés.
Il ne doit pas plus évoquer des promesses à l'Europe sur un sujet pour lequel le traité de Lisbonne nous laisse encore notre souveraineté.

La seule Raison d’État doit prévaloir.








samedi 18 février 2017

La France vertueuse



La France vertueuse... mais jusqu'à quand?

Jean Pierre Riou

L’avenir de notre planète est menacé par 9 à 10 milliards de terriens, à horizon 2050, dont les capacités de pillage et de destruction seront directement liées avec la quantité d’énergie dont chacun d’eux disposera.

Cette quantité d’énergie est également corrélée au pouvoir d’achat en révélant le niveau d’industrialisation et de capacité de transformations, qui correspondent aux créations de richesses de toute société.

Si la véritable vertu reste la frugalité, face au défi climatique, celle d’une société aspirant à la croissance se mesure par le rapport entre ses émissions de CO2 et son pouvoir d’achat.

Enerdata indique, pour la plupart des pays, cette intensité CO2, ou quantité de CO2 émise par la consommation totale d’énergie d'un pays, divisée par son produit intérieur brut (PIB) et exprimée en kilo de CO2 par dollar constant (2005).

Dans le classement mondial, la France apparait en 4° position, derrière le Nigéria, la Suède, et la Colombie.
(Source https://yearbook.enerdata.net/#CO2-intensity-data.html)

Cette excellente place est permise par son exceptionnel système électrique dont 95% de la production est exempte d’émissions de CO2.
Cet atout, à lui seul, explique la différence avec l’Allemagne, puisqu’il n’émet que moins de 30 millions de tonnes de CO2 par an, tandis que le système allemand, dont la première ressource est le lignite et la seconde le charbon, en émet plus de 300 millions. 
Et dont la seule biomasse émet à elle seule, selon les critères RTE appliqués à la France (0,98t/MWh), plus de CO2 que tout notre parc électrique…




Cette différence entre nos systèmes électriques, rapportée au nombre d'habitants, correspond, grosso modo, à la différence d'émissions entre nos 2 pays. 

(France 298Mt/CO2, Allemagne 713Mt/CO2 en 2015: source Enerdata)



Partant de ce constat, 2 questions raisonnables se posent : 

1° Doit on tendre, en France, vers une décroissance, en consommant moins d’énergie, ou peut on se contenter de limiter les émissions des 9/10° de la consommation d’énergie moins « vertueuse » que le secteur de la production d’électricité ?

2° Peut on éviter d’aider les populations actuellement privées de l’accès à cette énergie, et, dans la négative, comment les mettre sur la voie d’une utilisation rationnelle d’une énergie climato – compatible ?


L’évidence de l’impasse vers laquelle nous entrainent les politiques actuelles en matière d'énergie nous décourage de répondre à chacune de ces 2 questions et même de préciser pourquoi...
     

mercredi 15 février 2017

De l'aspect contre productif de l'éolien


De l'aspect contre productif du développement éolien en regard des objectifs pour lequel il est subventionné
Jean Pierre Riou

RTE vient de publier le bilan électrique 2016.


Malgré l'augmentation de la puissance éolienne installée, les émissions du parc électrique français sont en hausse pour la 2ème année consécutive.


La puissance éolienne était de 11 670 MW fin 2016, en augmentation de 13% par rapport à 2015. Le solaire, avec 6772 MW a progressé de 9,3%.

(Pour mémoire, le seul surcoût de leur tarif d'achat avait été estimé pour 2016 à 1,3 milliards d'euros pour l'éolien et 2,6 milliards pour le solaire, lors de la délibération de la CRE de juillet 2016
On sait, d'autre part, que ces conditions d'achat des énergies intermittentes ne représentent que la partie émergée de l'iceberg.)

Pourtant, malgré cette augmentation et une baisse de la production totale de 2,8%, la production à base d’énergie fossile est en augmentation de 33,4% par rapport à 2015,
ce qui explique les 28,3 Millions de tonnes de CO2 en 2016, contre 19 millions de tonnes en 2014!

Limitant les dégâts, la production hydraulique est pourtant en hausse de 8,2%, avec 63,9 TWh, ce qui laisse craindre un bilan CO2 pire encore en 2017,où les stocks hydrauliques sont historiquement bas.



Ce qui devrait rappeler, si besoin était, que la part d’énergies renouvelables dans le mix énergétique n’a pas vocation à demeurer un but en soi, si celles ci s’avèrent incapables de tendre vers le but pour lequel elles sont subventionnées.

Or la réduction des émissions de CO2 a été identifiée comme but prioritaire de la politique énergétique européenne.

Quatre remarques importantes s’imposent.

La première remarque est que la réduction brutale d’émissions entre 2013 et 2014 correspond strictement à la mise en service de l’usine d’enrichissement d’uranium Georges Besse 2 en mars 2013, qui consomme 50 fois moins de courant que son prédécesseur, soit 60 MW au lieu des 3000 MW de Georges Besse 1.
Cette réduction du soutirage du secteur de l’énergie libère ainsi pour la consommation la quasi-totalité de la production des 3 réacteurs nucléaires du Tricastin qui étaient affectés à Georges Besse 1.
Cette économie correspond exactement à la réduction de 2800 MW de charbon ainsi permise courant 2013 et en 2014.
Ce qui met en évidence l’impact positif des 3 réacteurs nucléaires supplémentaires obtenus sur les émissions de CO2.
Et peut faire regretter que rien de cette circonstance ne puisse apparaitre dans les bilans, les comparaisons annuelles étant effectuées en "Consommation corrigée (hors soutirage du secteur énergie)"

La deuxième remarque est que les bilans CO2 ne prennent en compte que la quantité d’électricité produite par chaque filière, sans se préoccuper de la quantité de ressource fossile nécessaire pour les produire.
Et moins encore des émissions que leur combustion entraîne réellement, en fonction de l’optimisation des régimes de fonctionnement des centrales qui les brûlent.
Or, non seulement le fait de fonctionner en régimes partiels et chaotiques, pour suivre au plus près les aléas des énergies renouvelables, est bien loin d’éviter la quantité de CO2 annoncée, mais elle est même susceptible de les accroitre, malgré une production moindre.

Ce qui doit faire comprendre que le bilan, déjà négatif en matière de de réduction d'émissions, est en fait pire encore dans la réalité que cela n'apparaît dans les chiffres.

La troisième remarque est que, contrairement à l'Allemagne où le nucléaire fonctionne à son régime optimum en base, avec un taux de charge moyen de 84,6% en 2016 (80 TWh pour 10,8 GW installés), le nucléaire français s'efforce de faire varier ses régimes, jusqu'à 80% en moins de 30 minutes pour s'adapter aux aléas des énergies intermittentes dont il se targue d'être ainsi complémentaire.
Son taux de charge dépasse rarement une moyenne annuelle de 77%, il a été exceptionnellement bas en 2016 avec moins de 70% (384 TWh pour 63,130 GW installés). 
Les contrôles de réacteurs n'y sont pas étrangers, mais il est facile de prévoir que plus les énergies intermittentes se développeront et moins la production nucléaire sera optimisée, tandis que les centrales thermiques auront une part croissante dans l'adéquation exacte avec les besoins de la consommation.


La dernière remarque concerne le mystère qui préside à la décision de consacrer une telle masse d’argent public pour réduire les émissions du seul secteur qui n’émet pratiquement pas de CO2 en France - puisque 95% de sa production en est exempte - alors que l’Allemagne, qui a doublé son parc de production d'électricité par une puissance intermittente bien supérieure à celle de tout notre parc nucléaire, n’a toujours pas réussi a fermer le moindre MW pilotable installé.
Cela apparaît sans équivoque sur le graphique de l'évolution de son parc électrique



Si ce n'est, à l'évidence, ni pour permettre de fermer le moindre réacteur nucléaire, ni de réduire les émissions de CO2, quelqu'un saurait il encore expliquer les raisons de l'objectif de l'augmentation de la part d'énergies renouvelables dans le mix électrique français?

mardi 31 janvier 2017

Epilogue

Epilogue

du précédent article: "La roulette russe"
http://lemontchampot.blogspot.fr/2017/01/la-roulette-russe.html  


Jean Pierre Riou

Le régulateur européen du système électrique a publié ses prévisions de l'adéquation du réseau aux besoins à horizon 2025. (Mid term Adequacy Forecast 2016)
Dans son système interconnecté, la France fait figure d'exception avec son chauffage historiquement dépendant de l'électricité, qui, en contre partie d'une quantité considérable de CO2 évité, présente une grande thermosensibilité.  

Concernant la France, ce rapport considère que:

"Regarding results for 2025, the lack of visibility on hypothesis for adequacy purposes make the interpretation of the results very sensitive. The 2025 point is mainly impacted by the withdrawal of nuclear power plants not balanced by new capacities"
Est il même nécessaire de traduire pour des politiques autistes ou le formuler plus clairement pour qui ne veut pas entendre?


La simulation de l'ENTSO E s'appuie sur le paramètre primordial de 
Minimum stable generation (MW) : is a parameter defining the technical minimum of the power output of a unit. The simulation does not allow the unit to run under this limit. It is defined by a percentage of the maximal power output of the unit.

En fonction duquel toute puissance éolienne installée restera vaine, pour ne pas répondre à ce critère de bon sens, en terme de sécurité.

Puisque cette valeur minimale ne sera jamais guère supérieure à 0 quelle qu'en soit la puissance installée.
Source http://www.rte-france.com/fr/article/apercus-electriques-mensuels

Peut être alors qu'un dessin sera plus parlant pour montrer que la France restera le dindon de la farce après avoir financé les centaines de milliards d'euros d'interconnexions européennes supplémentaires nécessaires à l'intégration de l'intermittence de production à laquelle le recours massif au charbon et la décision unilatérale de sortie du nucléaire a condamnée l'Allemagne?


Source https://www.entsoe.eu/outlooks/Pages/default.aspx

Aux côtés, il est vrai de la Grande Bretagne, nos 2 seules nations étant marquées du rouge continu "LOLE" signifiant Lost of load expected, ou "perte d'approvisionnement prévue".

Mais la Grande Bretagne semble avoir résolument compris avant nous!
http://lemontchampot.blogspot.fr/2017/01/mea-culpa.html 

L'Agence internationale de l'énergie (IEA) vient de publier un rapport sur la situation énergétique française: "Energy Policies of IEA Countries - France 2016 Review"

Ce rapport met en évidence que les perspectives pour la France du nucléaire dans ces 10 prochaines années seront décisives pour la capacité du pays à atteindre ses objectifs climatiques, et, en même temps maintenir sa sécurité d'approvisionnement
(The report outlines that the outlook for France’s nuclear sector in the next ten years will be decisive for the country’s capacity to meet its climate and energy goals, and – at the same time -- maintain electricity security.) 

Et si on écoutait la voie des spécialistes de la question et non des candidats en mal d'électeurs?


lundi 30 janvier 2017

La roulette russe

La roulette russe

 Jean Pierre Riou

La vague de froid s'éloigne sans que le système électrique français n'ait failli!

D'autres viendront, plus rigoureuses encore, auxquelles le pays devra impérativement faire face, tant les conséquences d'une rupture d'approvisionnement ne seraient pas acceptables.
Quelques chiffres sont nécessaires pour confronter la résistance des politiques énergétiques à cette récente épreuve des faits.

Rétrospective de l'efficacité de chaque filière

Le parc nucléaire français a donc été pointé du doigt pour avoir dû subir des contrôles en série concernant 12 réacteurs sur les 58.
Cinq réacteurs ont même dû être arrêtés au moment où on avait le plus besoin d'eux.

Cette vague de froid "Moscou Paris" s'est installé sur l'Europe le 12 janvier.
Alors que 7 réacteurs nucléaires étaient arrêtés pour maintenance ou contrôles. (Paluel 2, Fessenheim 2, Gravelines 5, Bugey 5, Civaux 2, Tricastin 4, et Bugey 4).

Le parc nucléaire fonctionnait pourtant ce même jour avec un taux de charge supérieur à 86% lors des 2 pointes de consommation du matin et du soir. Soit un taux d'efficacité proche de 100% des réacteurs disponibles.

Ce 12 janvier, l'éolien français était encore au beau fixe avec ponctuellement plus de 8000 MW de puissance, soit un taux de charge de plus de 66% lors de la pointe de consommation du soir, mais cependant moins de 2500 MW lors de la pointe du matin.

L'Allemagne en difficulté

Le froid anticyclonique n'étant pas encore installé sur le pays, la consommation de ce 12 janvier est restée inférieure à 80 000MW.
Ce qui a même permis à l'Allemagne d'être secourue par nos exportations.

Source https://transparency.entsoe.eu/

Les éoliennes allemandes à l'arrêt

Le froid anticyclonique s'était en effet déjà installé outre Rhin et avait pratiquement supprimé toute efficacité aux éoliennes allemandes, leur taux de charge étant tombé à 3%, avec 1,49 GW pour 49 GW installés.
Source https://www.energy-charts.de/power.htm

Ce qui l'a forcée, toute la journée, à dépendre des disponibilités de ses voisins pour en importer son alimentation.
(Alors que sa colossale puissance éolienne/photovoltaïque, bien supérieure à celle de notre parc nucléaire mais ne fournissant plus rien dès la tombée de la nuit, ne lui avait même pas permis, depuis 2002 de fermer le moindre MW de centrale pilotable.)


Cette situation menaçait la France, qui devait, quelques jours plus tard, connaître des pics de consommation supérieur à 90 000MW.

Report du contrôle la centrale de Civaux

C'est pourquoi l'autorité de sûreté nucléaire a notamment autorisé la prorogation des délais relatifs au contrôle du réacteur de la centrale de Civaux prévu en raison d'un taux de carbone jugé excessif dans les fonds de ses générateurs de vapeur, fournis par les aciéries japonaises (JCFC).

Cette décision responsable de l'ASN a aidé le réseau européen à terminer la 3ème semaine de janvier sans encombres, malgré un parc éolien français chutant à moins de 5% de sa puissance installée, avec 524 MW disponibles pour un parc de 12 000MW et, au même moment, un parc éolien allemand ne dépassant pas 1,5% de sa puissance installée, avec 0,77GW disponibles pour 49 GW installés. Fort heureusement, en fin de semaine, avec une demande de la consommation réduite.



Pendant toute cette période, le parc nucléaire n'est jamais tombé à un taux inférieur à 82% de sa puissance installée, malgré ses réacteurs arrêtés pour contrôle. 

L'hydraulique, énergie pilotable 

Le stock hydraulique du système électrique français, bien que considéré "renouvelable" ne l'est pas indéfiniment à l'échelle d'une saison et, avant de crier victoire contre cette vague de froid, un regard sur son état est nécessaire.
Source https://clients.rte-france.com/lang/fr/visiteurs/vie/prod/stock_hydraulique.jsp

Car même pour l'hydroélectricité, pourtant considérée "pilotable", les aléas météorologiques ne permettent pas la même production d'une année sur l'autre, et le passage de cette première vague semble en avoir creusé le déficit.

Et c'est bien de ce paramètre que risque de dépendre la sécurité de notre approvisionnement dans les semaines à venir si le froid devait revenir.

Car ce n'est pas sur nos voisins qu'il nous faudra compter, sachant que c'est la France, 1° exportateur mondial grâce à son parc nucléaire, qui régule d'ordinaire le réseau européen.
Et non l'inverse.

Pour assurer la nécessaire sécurité d'approvisionnement, même en cas de froid centennal, c'est bien d'une marge supplémentaire de nos moyens pilotables que nous avons besoin et non de moyens de secours de type "roulette russe", c'est à dire laissant au seul hasard le soin de cette sécurité.
Et dès lors que nous disposerons de ces moyens pilotables, quelle valeur ajoutée pouvons nous attendre d'intermittents de la profession, dont le principal effet est de ruiner la rentabilité de ceux dont nous ne pouvons nous passer?


Des analyses pour le moins contrastées

La filière industrielle en a tiré la conclusion que l'éolien est un remède énergique face aux froids anticycloniques.
Affirmation qui peut surprendre lorsqu'on sait que les situations de froid anticycloniques correspondent généralement à une période sans vent.
Et il serait tentant de répondre que c'est une affirmation qui n'engage qu'elle...si elle n'engageait pas en même temps notre sécurité d'approvisionnement.

Il a aussi été répété que l'éolien avait désormais fait la preuve de sa compétitivité.
Mais compare-t-on le prix d'un parachute qui s'ouvre lorsqu'on tire sur la poignée avec celui d'un parachute qui s'ouvre une fois sur 4?

Au prétexte que les kWh intermittents sont mélangés avec les kWh pilotables dans le même réseau électrique, est il raisonnable de comparer la valeur de ces 2 produits?

Les progrès technologiques sont exponentiels et surprennent chaque jour.
Le soutien financier des politiques publiques est susceptible d'en orienter l'évolution, comme dans la conquête spatiale, un temps délaissée et qui repart aujourd'hui de plus belle.

Le domaine de l'énergie ne fait pas exception. Et c'est la seule volonté politique qui a décidé d'interrompre le programme déjà opérationnel d'une énergie entièrement pilotable, sûre, propre et quasiment illimitée.
Cette technologie, condamnée politiquement en 1994 aux USA comme en France, vient déjà d'entrer en phase commerciale en Russie.
Sans que d'ailleurs cela semble intéresser quiconque dans l'Union européenne.

John Kerry, un des ses ardents détracteurs en 1994, vient de faire son mea culpa et considérer que le monde n'avait pas d'autre alternative.




Mais une doxa irrationnelle continue de promouvoir une technologie du 19ème siècle dont on ne parvient toujours pas à gérer l'injection toxique de l'intermittence dans un réseau dont l'équilibre est la condition première de notre sécurité.

Le péché d'efficacité nucléaire 

Car ce n'est pas la puissance de notre parc nucléaire qui semble heurter ces apôtres inavoués de la décroissance, puisqu'il représente déjà moins de la moitié de la puissance totale. (Avec 63,130 GW sur un ensemble de 129,310 GW dans le dernier bilan annuel de RTE.) 

Mais c'est bien son taux d'efficacité, chaque fois supérieur, en cas de besoin, à 85% qui semble poser problème.
Tandis qu'on prend pour modèle les énergies intermittentes allemandes qui viennent de faire entièrement défaut, avec 0,8% d'efficacité, au plus froid de l'hiver en faisant dépendre la sécurité de l'Allemagne de ses importations:


 malgré le doublon d'une puissance installée bien supérieure à celle de la totalité de notre parc nucléaire, et dont le graphique d'évolution, ci dessous, tiendra lieu de conclusion.

Source https://www.energy-charts.de/power_inst.htm

Article suivi d'un Épilogue
http://lemontchampot.blogspot.fr/2017/01/epilogue.html





Mea culpa

Mea culpa

Après un quart de siècle de leur développement, les énergies intermittentes telles que l'éolien et le photovoltaïque n'ont toujours pas permis de réductions significatives d'émissions de CO2 dans le domaine de la production d'électricité.


Pourtant, les réacteurs nucléaires de 4° génération promettaient à la fois d'éliminer le risque de réaction en chaine en cas d'incident majeur, et d'apporter une solution radicale au problème des déchets comme à celui de l'approvisionnement, puisqu'ils disposeraient de milliers d'années de combustible en utilisant les déchets des réacteurs actuels.

U.S.A.

La recherche dans cette voie a pourtant été tuée dans l’œuf aux États Unis par l'administration Clinton qui en a annulé le dernier programme en 1994, soit 2 ans avant que la France ne décide, pour raison électorale, de fermer Superphénix, après sa meilleure année de fonctionnement!
Cette technologie d'avenir a pourtant été reprise par le réacteur BN 800 russe qui vient d'obtenir le "Power Award 2016", récompensant la  meilleure centrale nucléaire au monde par la presse américaine.

L'erreur stratégique d'avoir abandonné ce pôle d'excellence vient d'être confessée par l'un de ses principaux détracteurs, en la personne de John Kerry qui rend public son mea culpa et reconnait qu'un bilan objectif de la situation de l'énergie dans le monde et de l'urgence qu'elle implique pour son impact sur le climat, ne laisse pas d'autre alternative crédible que celle de cette évolution du nucléaire, à laquelle il s'était d'abord opposé.
https://www.youtube.com/watch?v=f15rSTy7Spg&feature=youtu.be 

U.K.
 
Récemment, le leader indépendantiste britannique Nigel Farage a porté une violente charge envers l'imposture éolienne, responsable du "plus grand transfert de richesses des pauvres vers les riches de l'histoire moderne".
http://fr.friends-against-wind.org/realities/the-media-is-biased-for-the-wind-industry

Désormais affranchie de bon nombre de réglementations européennes, l'Angleterre se tourne résolument vers le nucléaire, dont le projet d'EDF à Hinkley Point n'est que l'arbre qui cache la forêt.
Et envisage de devenir le leader européen de cette technologie en couvrant son territoire de petits réacteurs modulables (SMRs)

En France demain

Lequel de nos candidats à la présidentielle osera sortir du politiquement correct européen et dénoncer la gabegie causée par l'injection croissante mais contre productive d' énergies intermittentes? Et le massacre délibéré du pôle d'excellence national qui permet encore de produire un des kWh les moins chers et les moins carbonés du marché grâce à son parc nucléaire que les gouvernements successifs se sont évertués à empêcher d'évoluer.

Avec, pour la plupart d'entre eux, l'avantage de pouvoir dénoncer un scandale, au lien du difficile mea culpa de John Kerry.

Les dizaines de milliards d'euros d'argent public ainsi préservés justifieraient pourtant facilement le financement d'autres priorités.

jeudi 26 janvier 2017

Quand les éoliennes augmentent le CO2

Quand les éoliennes augmentent les émissions de CO2 

 Jean Pierre Riou

Parmi les différents paramètres qui interdisent au développement éolien d’avoir le moindre aspect positif sur l’évolution du climat, il en est un qui ne fait pas l’objet de la moindre évaluation. Il s’agit de l’augmentation des facteurs de pollution des centrales thermiques chargée de prendre en charge les conséquences des caprices de la production.

Cette réalité est clairement énoncée dans le rapport de mars 2012 d’Enea Consulting, partenaire de l’Ademe : « le fonctionnement des turbines en régime partiel affecte leur rendement et accroît les facteurs d’émission de gaz à effet de serre; par ailleurs, des démarrages et arrêts trop fréquents impactent leur durée de vie. » (p 15)