mardi 17 octobre 2017

L'écologie de marché

Les dérives de l'écologie de marché

Jean Pierre Riou 

La sixième extinction de masse des espèces menace indirectement la survie de l’humanité. Contrairement au discours convenu, la question climatique, pour alarmante qu’elle soit, n’en est pas la principale cause.

Et sur les 23 250 espèces figurant sur la liste rouge de l’UICN, l’ours polaire, malgré le réchauffement et la réduction de son habitat, n’est classé que dans la catégorie « vulnérable », qui regroupe les espèces les moins menacées. Sa population n’ayant d’ailleurs jamais été aussi importante.
La principale menace provient du pillage mercantile des ressources de la planète, qui les transforme en biens de consommation et réduit l’habitat de chaque espèce comme peau de chagrin en imprimant irrémédiablement sa signature industrielle sur le peu qui en reste, par sa pollution aussi bien chimique, visuelle, que sonore.

Les nouveaux écologistes

Brassant chaque année les dollars par centaines de milliards et, paradoxalement issue de l’alliance contre nature entre écologistes et marchands du temple, l’« écologie de marché » a entrepris d’accélérer le massacre. Agitant à la fois le spectre d’une apocalypse nucléaire, d’une fournaise climatique et de l’immersion de territoires, prélude aux invasions de bandes armées, cette nouvelle religion, qui prélève ses « indulgences » sur des consommateurs, forcément coupables, prétend, à grands coups d’argent public, terrasser le mal suprême que constitueraient les émissions de gaz à effet de serre (GES) issues de l’activité humaine et communément exprimées en équivalent CO2.


 

dimanche 1 octobre 2017

La mort par le charbon



Eoliennes et climat: vers la fin d’un modèle ?
Jean Pierre Riou
Partie 2
La mort par le charbon : Moins médiatique mais plus sûre.

(Suite de la Partie 1


Le surdimensionnement du parc électrique allemand a été mis en évidence dans une première partie de cet article « Retour aux sources de l’Energiewende ».

Certains veulent y voir une complémentarité intermittent / pilotable.
Le présent article tend à conclure à un véritable parasitage des centrales pilotables par des moyens subventionnés qui ne peuvent se passer d’elles et dont les conséquences sont aussi négatives sur la santé que sur la sécurité.

Le parc nucléaire français en fait les frais, par un suivi de charge qui le fragilise et augmente la quantité de ses effluents radioactifs.
Les allemands s’y sont risqués avec 2 réacteurs, celui de Brokdorf n’y a pas résisté.

Il en va d’ailleurs de même pour les circuits de vapeur des centrales thermiques conventionnelles soumises aux mêmes contraintes. Et outre la disparition de leur rentabilité, les régimes chaotiques qui leurs sont imposés entraînent également l’augmentation de leurs facteurs de pollution, ainsi que nous l’avions évoqué dans : http://www.economiematin.fr/news-quand-les-eoliennes-augmentent-les-emissions-de-co2

Un élément a pourtant échappé à cette analyse : la consommation des centrales à charbon même à l’arrêt.
En effets, celles ci sont fréquemment en pré chauffe, régime le plus polluant, sans produire d’électricité pour autant, et sans, d’ailleurs, que cette pollution extrême soit prise en compte par les analyses qui se contentent d’en mesurer la production électrique.

Une idée de ce problème peut être évoquée par les données RTE qui indique la production détaillée par centrale, pour chaque heure de l’année.
Celles-ci indiquant des périodes plus ou moins longues de « production négative » d’une grosse vingtaine de MW avant chaque entrée en production positive. 

Ces productions négatives, dont la plus grosse part provient de la consommation des pompes de refroidissement (une vingtaine de MW), peuvent s’étaler sur plusieurs jours, comme du 20/03 au 24/03/2016 dans la centrale à charbon de Cordemais. 
Le graphique ci-dessous indique les productions des 15/16 octobre 2016, avec, de gauche à droite, les centrales à charbon de Cordemais 1 – 2 E. Huchet, Havre 4, et Provence. Il montre une consommation correspondant aux pompes de refroidissement en pleine activité pour Cordemais et des variations de plus de 150 MW en quelques heures pour les 3 autres.


Il est aisé de comprendre que plus la puissance intermittente raccordée au réseau sera importante et moins les centrales pilotables pourront fonctionner à leur régime optimum, qui est le moins polluant. Aucune, pour autant, ne pouvant être supprimée.

L'Allemagne en flagrant délit
Chaque période anticyclonique, (donc sans vent), s’accompagne d’un recours massif au charbon en Allemagne, comme c’était le cas fin septembre, où le parc éolien avait pratiquement cessé toute production, ainsi que le solaire, comme chaque soir :


On note d’ailleurs sur ce graphique la variation considérable du taux de charge de la filière charbon, en brun foncé, avec l'augmentation de pollution qu'elle implique.
Sans surprise, sa pollution extrême a laissé quelques traces dans l’atmosphère, ainsi que l'indiquait le site PREV'AIR, dès le lendemain de cette performance charbon/lignite.


Cet anticyclone étant, comme c’est généralement le cas, accompagné d'un mouvement des masses d'air d'est en ouest, ainsi que les 3 jours qui suivirent :


 (Encore mieux visible en cliquant sur l’animation : GFS / NCEP / US National Weather Service)
Le trajet de ce nuage de pollution n'était guère difficile à prévoir ...
 Ci dessous le 25/09


Puis le 26/09 


Copernicus
Depuis fin 2016, le programme européen Copernicus permet une surveillance transfrontalière des émissions polluantes.
Et cette fois, les défenseurs de la politique allemande de production d’électricité auront du mal à nier que c’est sa pollution qui traverse les frontières pour y provoquer des milliers de morts chaque année.
En effet, la responsabilité de ce nuage allemand dans la pollution Bruxelloise a été confirmée par les prévisions de Copernicus (Country Attribution).

 

Cette analyse par Copernicus est accablante et impute les 2/3 de la pollution bruxelloise à l’Allemagne ce 25 septembre.
Un récent rapport chiffrait à 2490 par an le nombre de décès imputés au charbon allemand hors de ses frontières, dont 490 en France.
Les détracteurs du mix électrique français actuel ne semblent pas avoir compris que ce n’est pas en le parasitant avec des énergies intermittentes qu’on en améliorera la sécurité, encore moins les performances climatiques.

Lesquelles performances climatiques françaises se sont d’ailleurs vu attribuer le meilleur indice mondial d’efficacité.
(Source Germanwatch / Climate Action Network)

En matière de climat, comment peut on encore parler de retard sur l'Allemagne du développement éolien ?

Eoliennes : la fin d'un modèle ?



Eoliennes et climat: vers la fin d’un modèle ?
Jean Pierre Riou
Partie 1
Energiewende : la fin des ambitions

En 2014, le vice Chancelier Allemand Sigmar Gabriel, ministre de l’économie et de l’énergie déclarait déjà : « La vérité est que la transition énergétique [« Energiewende », le plan allemand visant à faire passer la part de la production « renouvelable » d’électricité à 80% en 2050] est sur le point d’échouer. La vérité est que, sous tous les aspects, nous avons sous-estimé la complexité de cette transition énergétique. La noble aspiration d’un approvisionnement énergétique décentralisé et autonome est bien sûr une pure folie ! Quoi qu’il en soit, la plupart des autres pays d’Europe pensent que nous sommes fous. »

Dans son rapport « Transition énergétique allemande : la fin des ambitions ? » France Stratégie stigmatise l’échec climatique de l’Allemagne malgré son développement spectaculaire des énergies renouvelables.
Quelques jours plus tard, c’est la Cour des Comptes européenne qui fustigeait ce développement des énergies renouvelables et en dénonçait les coûts et l’inefficacité.

Les rapports s’accumulent désormais pour établir que le bilan climatique de cette politique est pire encore qu’on le craignait, malgré les milliards d’euros qui lui ont été consacrés.

Notre « modèle allemand » étant même l’un des seuls pays au monde à voir les émissions de son secteur de l’énergie croitre depuis 2010 !


(Source Enerdata)

Nous en avions publié une analyse dans « Ubu chez les allemands ».

Retour aux sources de l’Energiewende
Pour toute analyse, la rigueur des sources est fondamentale, le présent article vise à préciser celles concernant l’évolution du parc électrique allemand dans cette première partie.
Une seconde partie insistera sur les conséquences de cette évolution.

L’excellent site Energy Charts indique l’évolution de la puissance installée de chaque filière de production d’électricité en Allemagne.
La capture d’écran annotée ci-dessous en a déjà été utilisée maintes fois pour montrer que la formidable puissance éolien/solaire allemande - 1 ½ plus puissante que tout notre parc nucléaire - n’a pas été en mesure, depuis 15 ans, de remplacer le moindre MW pilotable installé, en raison de l’intermittence de sa production.
Celle-ci étant en effet susceptible de s’effondrer à 0% de la puissance installée pour le solaire et guère davantage (jusqu’à 0,5%) pour l’éolien.
Selon ce site, les 11,6 GW nucléaires fermés depuis 2002 auront été largement compensés par + 9,6 GW de gaz et 5,8 GW de biomasse, la ligne rouge horizontale dénonçant l’absence totale de réduction de ces moyens pilotables.

Toutefois, un léger hiatus s’est glissé en 2011 en raison d’un changement de jeu de données dans les sources du site Energy Charts : BMWi jusqu’en 2010, Bundesnetzagentur ensuite.
L’incohérence qui résulte de ce changement de source, par comparaison avec les moyens effectivement fermés et ajoutés annuellement sur ce même site, n’a pas échappé à la perspicacité de Nicolas Meilhan, membre des « Econoclastes ». 

Après avoir eu confirmation de ce hiatus auprès du responsable du site, N.Meilhan en a reconstitué l’évolution, par comparaison des différents jeux de données utilisées, notamment ceux de BDEW et de Bundesnetzagentur en regard des modifications annuelles de puissance installée de Energy Charts.
Et rétabli, à source constante, une évolution plus précise et plus complète des puissances installées qu’il publie dans une mise au point sur le site des « Econoclastes ».
Le graphique ci-dessous récapitule cette évolution, nous y avons reporté, en vert, la même ligne horizontale séparant les moyens pilotables de la capacité intermittente (éolien/solaire), au dessus du trait.
 Le paradoxe de l’intermittence
Ce graphique, qui remonte cette fois jusqu’à 2000, fait apparaître un paradoxe.
On y constate, en effet, que non seulement la capacité installée des énergies pilotables n’a aucunement été réduite par de développement des énergies intermittentes, mais que la tendance à la baisse, amorcée dès les premières années 2000, semble s’inverser avec le développement exponentiel des énergies intermittentes.
Exception faite, bien sûr, de la chute brutale en 2011, décidée dans l’urgence de l’après Fukushima.
Cette « sortie du nucléaire » allemande ne représente d’ailleurs qu’une réduction de 11,6 GW depuis 2000, c’est à dire même pas l’équivalent des réacteurs français arrêtés en même temps l’hiver dernier pour contrôle de l’ASN.

Cette analyse de l’évolution du parc électrique allemand met en évidence le fait que les fermetures de ces réacteurs n’ont pas plus de lien avec le développement éolien que celui du solaire, puisque l’équivalent de leur puissance a été plus que compensée par + 9,44 GW de gaz, + 6,7 GW de biomasse et + 1,4 GW d’incinération de déchets.
Et ce, malgré une réduction, dans le même temps, de 3 GW de fioul.

Et ses deux conséquences majeures
- Ce surdimensionnement du parc électrique allemand, qui correspond pratiquement au doublement de sa puissance par des moyens intermittents, entraîne des surproductions considérables chaque fois que le vent souffle et que le soleil brille, et entraîne chaque année l’obligation d’exporter pratiquement l’équivalent de la moitié de la production éolien / solaire, soit 44% en 2016 avec 50,44 TWh, plaçant l’Allemagne au 2° rang mondial des exportateurs d’électricité.

-          La seconde conséquence est le fonctionnement chaotique  et régimes partiels que ce surdimensionnement du parc électrique allemand impose aux centrales pilotables, avec des conséquences négatives sur les émissions polluantes ainsi que sur la sécurité.

Ces conséquences font l’objet de la seconde partie de cet article :





mardi 26 septembre 2017

L'éolien selon l'Ademe

L'éolien selon l'Ademe.

Jean Pierre Riou

L' Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (Ademe) vient de publier un rapport
sur les vertus de l'énergie éolienne.
Les retombées fiscales pour les collectivités territoriales y sont détaillées, notamment à travers le graphique ci dessous.

 Ces alléchants revenus, multipliés par les 12 278 MW actuellement installés sur le territoire, correspondant ainsi à une manne de 152 millions d'euros par an.

Malheureusement, cette somme correspond strictement au 1/10° de celle prélevée chaque année aux ménages, à travers la CSPE, qui finance le seul surcoût des tarifs préférentiels accordés à cette filière, soit 1513 millions d'euros en 2018 comme le montre la délibération de la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) publiée en juillet dernier.


Verser dans une poche le dixième de ce qui a été prélevé dans l'autre est il bien une opération à mettre au crédit de cette filière ?

Cette CSPE ne représentant d'ailleurs que la partie émergée des charges supplémentaires liées au développement de l'intermittence, ainsi que nous l'avons déjà évoqué dans "Le prix de l'intermittence".

Gestion des risques
Le rapport fait état, p 183, de 1,9 mort par TW éolien installé, contre 7,3 pour le nucléaire.
Outre le fait que la source évoquée (d'ailleurs chapitre 9 et non le 7 comme indiqué qui y renvoie), comptabilise les "décès latents" hautement contestables, cette présentation occulte le fait que l'important n'est pas la puissance nominale installée mais le service rendu par l'énergie effectivement produite.
Une mise à jour de la comparaison de la mortalité par TWh (milliard de kWh) produit par chaque filière a été publiée en 2016 qui confirme que le nombre de décès est 4 fois plus important pour l'éolien que le nucléaire.
(Voir tableau ci dessous :)


CO2 évité par l'éolien
Le parc électrique français a produit 531,3 TWh en 2016, en émettant 28,3 millions de tonnes de CO2 (bilan RTE 2016). C'est à dire une moyenne de 53 g de CO2 par kWh.

L'Ademe considère pourtant que chaque kWh éolien produit éviterait l'émission de pas moins de "500 à 600 g par kWh éolien" (p 173).
Semblant ainsi ignorer l'important suivi de charge du nucléaire qui sait s'effacer lorsqu'on le lui demande, notamment la nuit ou quand le vent souffle, ainsi que les exportations (à perte) qui résultent de productions indésirables, notamment à 3 heures du matin, comme le montre le graphique de RTE Eco2mix.


Des chiffres contestés
En 2008, la CRE contestait déjà le chiffre de 300g de CO2/kWh éolien alors évoqué par l'Ademe  considérant qu'un tiers de cette production terminait à l'export et rappelant qu'elle se substitue également à l'énergie nucléaire qui n'émet pas de CO2.

Mais surtout, aucun compte n'est tenu de l'augmentation des facteurs de pollution des centrales thermiques liée aux régimes chaotiques que leur impose l'intermittence de la production éolienne, comme le montre l'article http://www.economiematin.fr/news-quand-les-eoliennes-augmentent-les-emissions-de-co2.

Des avertissements répétés
France Stratégie vient de publier une analyse très critique du développement des énergies intermittentes qui amène l'Allemagne à abandonner ses ambitions climatiques.
La Cour des Comptes vient de fustiger les coûts et l'inefficacité de cette politique climatique européenne.
Jean Paul Bouttes vient d'en dresser un brillant réquisitoire devant l'Académie des Sciences morales et politiques.
Le Comité de prospective en énergie de l'Académie des sciences venait de dénoncer le non sens que représente l'équilibrage d'un réseau électrique par des énergies intermittentes.

Et si on écoutait d'autres avis sur l'éolien que celui de l'Agence chargée de leur développement?


mercredi 20 septembre 2017

Effets sanitaires des éoliennes




Effets sanitaires néfastes des éoliennes :

Certitudes et hypothèses

Jean Pierre Riou

Préambule :
-         La santé, telle que définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) consiste en « un état de complet bien être physique, mental et social et pas seulement une absence de maladie ou d'infirmité »

-          Le bruit, avec plus de 10 000 décès prématurés par an, est considéré la 2ème cause sanitaire environnementale. (European Environnement Agency, report 10/2014, p 5).

-          La Directive européenne sur le bruit (2002/49/CE) attire l’attention, dans son annexe 1, sur l’importance des critères suivants :
La composante basse fréquence du bruit
Le bruit à caractère impulsionnel
La situation en zone calme de rase campagne
Le nombre d’événements sonores

Bruit et perturbation du sommeil :
Les conséquences sanitaires d’une perturbation du sommeil ne sont plus à démontrer.
Dans Night noise guidelines for Europe l’OMS constate des effets sur le sommeil dès le seuil de 30 décibels (dBA) à l’extérieur (outside). Les populations les plus vulnérables en subissant les effets les plus intenses. (Voir extrait ci-dessous)


Cet extrait mentionne également que des effets peuvent apparaitre sous ce seuil chez les individus les plus sensibles, et que l’intensité de ces effets dépend également de la nature de la source sonore.

Bruit éolien :
Les plus petits modèles d’éoliennes actuelles (2 MW) présentent une puissance acoustique de 104 dBA dès que la production électrique atteint environ le tiers de leur puissance nominale. Les plus gros modèles (Enercon E 126) atteignent 108 dBA.
Dans « Low-frequency noise from large wind turbines » Moller et Pedersen relèvent un bruit audible de 35 dBA pour 1 seule éolienne jusqu’à une distance de plus de 1200 m de la machine.

La littérature scientifique sur le sujet s’accorde pour considérer qu’à puissance égale, le bruit éolien se situe parmi les plus dérangeants.

Et cela notamment en raison de l’importance de ses composantes basse fréquence, mise en évidence par de nombreux auteurs comme J.Punch qui montre la corrélation entre l’augmentation progressive de la puissance des machines et l’abaissement de leur spectre sonore.

Mais aussi en raison de son caractère impulsionnel, sa grande variabilité et la circonstance aggravante qu’il émerge la plupart du temps dans un environnement silencieux.

L’avis de l’Académie de médecine :
Le 9 mai 2017,  l’Académie nationale de médecine adoptait son rapport sur les « Nuisances sanitaires des éoliennes terrestres »
Ce rapport affirme sans équivoque « Toutes les données de la littérature concordent pour souligner l’effet très négatif du bruit sur le sommeil. De fait, les troubles du sommeil représentent sans doute la doléance la plus constante des riverains. Ils sont d’ailleurs objectivés par les enregistrements somnographiques effectués par des cliniques du sommeil. Ces études concluent qu’à l’intérieur d’un périmètre de 1,5 km le bruit émis par les éoliennes perturberait la qualité du sommeil [23-30] »

Éoliennes et santé publique
Comment comprendre, dès lors, qu’à la demande de la filière professionnelle, les éoliennes aient été dispensées du respect du code de la santé publique, qui caractérise l’infraction dès 30 dBA, et autorisées à porter seules le bruit ambiant à 35 dBA, grâce à un amendement au projet d’arrêté qui prévoyait le strict respect de ce code ?
Cette circonstance, accordée par les dispositions de l’arrêté du 26 août 2011, implique que le juge judiciaire ne sera plus compétent pour sanctionner un trouble sanitaire avéré provoqué par une éolienne dument autorisée par le juge administratif, ainsi que l’a relevé le Conseil d’Etat en cassant le jugement du TGI de Montpellier qui avait ordonné la démolition des éoliennes incriminées.

Des soupçons d’effets sanitaires plus graves encore :
L’Académie de médecine mentionne des études scientifiques qui décrivent différents mécanismes d’effets néfastes sur la santé, comme celle de Rand concernant l’interférence des fréquences de 30 Hz des éoliennes avec les ondes beta du sommeil ou celle de l’équipe Alves Pereira sur la maladie vibro acoustique. Ce dernier auteur décrivant entre autres les conséquences cardio-vasculaires d’une exposition chronique aux basses fréquences et infrasons des éoliennes.
Mais les innombrables études sur le sujet faisant l’objet de controverse, l’Académie de médecine se contente de conclure : « Le problème toutefois est que la définition de la santé a évolué et que, d’après l’OMS, elle représente aujourd’hui un état de complet bien-être physique, mental et social, ne consistant pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité.
Dans cette acception, force est d’admettre que le syndrome des éoliennes, quelque subjectifs
qu’en soient les symptômes, traduit une souffrance existentielle, voire une détresse
psychologique, bref une atteinte de la qualité de vie qui, toutefois, ne concerne qu’une
partie des riverains ».

La santé en question
Signalons pour conclure que cette définition de la santé figurait déjà dans le Préambule à la Constitution de l'Organisation mondiale de la Santé, tel qu'adopté par la Conférence internationale sur la Santé, New York, 19 juin -22 juillet 1946 ; signé le 22 juillet 1946 par les représentants de 61 Etats. (Actes officiels de l'Organisation mondiale de la Santé, n°. 2, p. 100) et entré en vigueur le 7 avril 1948.


Les témoignages de souffrance de riverains d'éoliennes sont innombrables.

mercredi 9 août 2017

Jouer avec le feu

Les risques de l'intermittence

Jean Pierre Riou

En forme d'épilogue au précédent article http://lemontchampot.blogspot.fr/2017/08/ferme-ta-centrale.html

Jouer avec le feu 

L'exception française
Le parc nucléaire français est le seul au monde à faire varier sa production en suivant au plus près les besoins de la consommation, aussi bien sur le plan saisonnier que journalier grâce à 38 de ses 58 réacteurs chargés de varier leur puissance jusqu'à 80% en plus ou en moins en moins de 30 minutes.
 (Source SFEN)

C'est grâce à cette exception française que notre parc thermique est un des plus réduits au monde, en dehors de pays comme la Norvège ou le Costa Rica qui ont la possibilité de tirer l'essentiel de leur production électrique de l'énergie hydraulique, ou d'un mix hydraulique/géothermie comme l'Islande.

Le modèle n'étant pas forcément transposable pour autant.

Malgré cette absence de ressources naturelles, la France n'affiche pas moins le meilleur indice d'efficacité climatique au monde, n'en déplaise aux grincheux.
(Source Climat change performance index)

Les caprices du vent
En Allemagne, la colossale capacité intermittente installée (éolien/solaire), de plus de 90 GW est susceptible aussi bien de battre des records que de cesser pratiquement toute production, comme le montre ci dessous leur bilan de juillet 2017 qui accuse des variations de plus de 45 GW.
(Source https://www.energy-charts.de/power.htm?source=solar-wind&month=6&year=2017)

L'équivalent d'un parc nucléaire hors contrôle

A titre de comparaison, la puissance de notre parc nucléaire est de 63,13 GW, et c'est donc une puissance supérieure encore d'un tiers à ce parc qui se met à produire au gré des caprices de la météo et cesse pratiquement toute production en l'absence de vent et de soleil.
Ce qui a imposé à l'Allemagne de garder en doublon l'intégralité de ses moyens pilotables et pose les problèmes qu'on imagine aux régulateurs de son réseau.

N'est pas EDF qui veut
Pour tenter d'en limiter les effets, la centrale nucléaire de Brokdorf avait été chargée, en 2006, de copier le fonctionnement des centrales françaises et tenter de compenser ces aléas par un fonctionnement en suivi de charge, au lieu du régime optimum pour lequel elle était conçue.
Greenpeace avait publié un rapport en 2011 dans lequel il considérait que cette complémentarité était à risque.
En février dernier, un contrôle périodique de la centrale de Brokdorf a mis en évidence une corrosion anormale et considéré qu'elle datait déjà de 2011. 
L'expertise a attribué cette oxydation aux changements de régimes imposés par ce suivi de charge.
La centrale a dû être arrêtée pour maintenance et vient seulement d'être recouplée au réseau en ce début août.
Le Ministre de la transition énergétique, Robert Habeck a déclaré qu'il ne convenait pas que la centrale puisse continuer ce type de régime irrégulier.

Selon Bloomberg, cet arrêt aurait coûté plus de 100 Millions d'euros à son exploitant Eon.

L'histoire ne précise pas que ce fonctionnement en suivi de charge des centrales nucléaires ne fait pas que les fragiliser mais augmente également la quantité d'effluents radioactifs par rapport à un fonctionnement régulier.


Le même Eon venait de recevoir l'obligation ce même mois de maintenir sa centrale à gaz de Irsching ouverte en réserve du réseau malgré les lourdes pertes d'un fonctionnement infime que ne compensent pas les subventions accordées dans ce cadre, ainsi que nous l'avons évoqué dans le précédent article.

Le développement des énergies renouvelables entraîne un surcoût considérable pour le consommateur. Le graphique ci dessous montre que malgré les annonces que ces énergies deviennent de plus en plus compétitives et moins chères même que les autres, les charges qu'elles représentent sont de plus en plus lourdes


Si de tels surcoûts permettent, du moins, une réduction d'activité des moyens fossiles allemands, c'est jouer avec le feu d'en reproduire le modèle avec nos centrales nucléaires, pour un bénéfice sur lequel il est permis de s'interroger.

dimanche 6 août 2017

Ferme ta centrale

Ferme ta centrale

Jean Pierre Riou

Vouloir et pouvoir
Pour respecter les objectifs de la loi sur la transition énergétique et la croissance verte, Nicolas Hulot a annoncé qu'il faudra fermer "Peut être jusqu'à 17" réacteurs nucléaires.

Le flou artistique du "peut être" et du "jusqu'à" ont évoqué un manque de volonté du ministre.
Il ne s'agissait que de sa simple confrontation avec les faits.
Or ceux ci sont têtus.

Deux idées fausses
Car s'il est bien une idée reçue qui fausse le débat public, c'est celle qu'une puissance de production "intermittente" (éolienne ou solaire) serait à même de remplacer ne serait ce qu'une seule centrale "pilotable", c'est à dire disponible en fonction des besoins de la consommation.

Bien que maintes fois reproduit sur ce blog, il semble nécessaire de rappeler le graphique ci dessous qui montre l'impossibilité de l'Allemagne à fermer le moindre moyen pilotable malgré le doublon d'une puissance intermittente supérieure encore à celle de notre parc nucléaire.

Cet échec est valable pour la France comme pour l'Europe en général.

La véritable "débauche" de moyens de production qui l'accompagne entraîne une perte considérable de rentabilité des centrales à gaz, pourtant moins polluantes que celles à charbon, en raison des régimes partiels et arrêts qui leur sont imposés par la priorité d'injection donnée aux énergies intermittentes dont le coût marginal est nul, ainsi que le montre le graphique ci dessous qui représente la production du parc allemand à gaz à l'arrêt quasi complet dès que le vent souffle. (Moins d'1 GW effectif pour 25 GW installés)

(Source https://www.energy-charts.de/power.htm?source=gas&week=31&year=2017)

Et contrairement à une 2° idée reçue, ce ne sont pas les exploitants qui refusent de fermer ces centrales mais, bien au contraire, l'administration qui le leur interdit, alors que ceux ci, perdant de l'argent, multiplient les démarches pour en obtenir l'autorisation.

Le Mont Champot avait notamment évoqué le feuilleton judiciaire de l'électricien Eon pour obtenir l'autorisation de fermer sa centrale d'Irsching, pourtant ultramoderne (2010) fierté de la transition énergétique allemande par sa technologie à cycle combiné produisant électricité et chaleur.

L'impossibilité allemande de fermer la moindre centrale
Un nouvel épisode vient d'être publié ce 4 aout qui se solde par l'obligation pour celle ci de se maintenir encore 13 mois supplémentaires en réserve du réseau dont l'équilibre ne peut se passer.

L'article précise que de nouvelles centrales à gaz sont prévues pour sécuriser l'approvisionnement du réseau allemand sur la base de nouvelles dispositions contractuelles de subventions qui permettront de couvrir leurs pertes et offrir des taux d'intérêt attractifs à leurs exploitants afin d'inciter les investisseurs.
Le tout étant payé par le consommateur.

Le fragile équilibre français
En plus de l'équivalent de 3 réacteurs nucléaires libérés pour la consommation par Georges Besse 2 en 2013, le parc électrique français n'a réduit sa puissance thermique installée d'un petit GW incomplètement compensé par l'augmentation de la biomasse.
Cette réduction, si minime soit elle, participe à la fragilisation de l'approvisionnement lors des pointes de consommation, dont le risque est mis en évidence par l'Entsoe, régulateur du réseau européen.


Le Comité central d'entreprise d'EDF a récemment publié un communiqué de presse montrant que la France était passée, le 25 janvier dernier, à 2 doigts d'une rupture d'approvisionnement.
Soulignons qu'à ce moment crucial, le parc nucléaire fonctionnait avec un facteur de charge de 89,5% (56533 MW pour 63130 MW installés)malgré les nombreux réacteurs en arrêt forcé par les contrôles si médiatisés de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), ce qui signifie une disponibilité proche de 100% pour les réacteurs restant.
Les intermittentes de l'énergie affichant 0% pour le solaire et moins de 13% pour l'éolien.

Les conséquences d'une telle rupture sont pourtant incalculables, notamment sur la sécurité même de certaines centrales nucléaires.

De la responsabilité de gouverner
Le décret du 24 mai 2017 confère également à Nicolas Hulot la responsabilité de la sécurité industrielle ainsi que celle de la sécurité d'approvisionnement.

"Ferme ta centrale" est un  slogan facile, éviter un blackout est un exercice autrement plus difficile.





vendredi 28 juillet 2017

Intermittence et CO2



Intermittence et évolution du CO2 

Des effets de l'augmentation des EnR intermittentes sur les émissions de CO2 : 
Comparaison France/Allemagne 
 
Jean Pierre Riou
 
Allemagne

La quantité exacte d'équivalent CO2 d'un parc de production d'électricité peut s'évaluer grâce aux différents coefficients d’émission propres aux unités de production de chaque filière.
Ces coefficients pouvant également varier avec l’âge de chaque unité ainsi que ses régimes de fonctionnement, une même unité étant en effet infiniment plus polluante lorsqu’elle ne fonctionne pas à son régime optimum.

RTE (Réseau de transport d’électricité) donne une moyenne de ces ratios sur son site http://www.rte-france.com/fr/eco2mix/eco2mix-co2

Bien qu’insuffisante pour quantifier exactement les émissions réelles de CO2,  la quantité d’électricité produite par chaque filière reste un indicateur majeur de l’évolution d’un système électrique. Et malgré l’approximation de ce seul critère, il permet de prendre la mesure de l’efficacité d’une politique énergétique au vu de l’évolution des filières les plus émettrices.

Les émissions évitées par l’évolution technologique des centrales d’une même filière relevant d'un autre domaine, susceptible d'ailleurs de fausser les conclusions d'une analyse.

C’est pourquoi, en prenant arbitrairement le coefficient moyen de 0,4 tonne de CO2 par MWh produit à partir du gaz, de 0,7 pour le fioul, 1 pour charbon/lignite (le lignite étant plus émetteur encore que le charbon) et 0,98 pour la biomasse, le calcul des émissions à partir de la production de chaque filière reste un indicateur pertinent de l’efficacité du remplacement d’une filière par une autre. 

Permettant au graphique ci-dessous de montrer que les émissions allemande sont en augmentation depuis 2002 (cadres grisés pour 2002 et 2016), notamment en raison des 47 TWh de biomasse en 2016 (en bas, en vert), contre 4 TWh en 2002.

(D’après Energy Charts)
Parallèlement, la production de charbon/lignite est en diminution, celle de gaz, en augmentation.

Mais malgré une augmentation de la production depuis 2002, liée aux excédents intermittents, alors que les besoins de la consommation sont constants, le MWh allemand affiche, selon ce calcul, 0,54 t CO2 en 2002 et 0,55 en 2016 (avec une production 2002 de 498 TWh (net) et 542 TWh en 2016).

L'envolée des exportations
Il apparaît en effet sur le graphique ci dessus, que les exportations, en violet en bas augmentent chaque année parallèlement à l’augmentation de la production aléatoire éolien/photovoltaïque.
Ces mêmes exportations variant rapidement en fonction de la production solaire ou éolienne, tandis que l’Allemagne importe de l’électricité lorsque soleil et vent ne sont pas au rendez vous, ainsi que cela apparait sur le graphique ci-dessous.

(Source Energy Charts)


La biomasse en question
Certaines analyses tentent de minimiser l’impact de la biomasse, sur les émissions de CO2, à leur sujet, deux remarques s’imposent :
1° L’aspect bénéfique évoqué sur la capture de CO2 qui serait ainsi permise est largement réfutée par des analyses récentes, et la destruction des forêts primaires, ainsi remplacées par le "bois énergie" de piètre qualité est condamné par les Nations Unies.

2° Quand bien même la biomasse n’émettrait pas de CO2, l’intégration de sa production au sein des "énergies renouvelables" (EnR) tend à conférer des capacités imméritées à celles d'entre elle qui sont intermittentes (EnRi), alors que la biomasse ne relève bien souvent que d'une alimentation différente des même centrales thermiques pilotables, c'est à dire à production garantie.

 
France

Le parc de production électrique français a la spécificité d’être décarboné à plus de 90% alors qu’il ne dispose que de 25,4 GW hydrauliques sur les 130,8 GW de puissance totale.
Les centrales thermiques sont en effet réduites au strict minimum, avec 21,8 GW, grâce au fonctionnement unique au monde de notre parc nucléaire (63 GW) qui assure la base, mais également la ½ base en suivant au plus près les besoins de la consommation, aussi bien au fil des saisons que dans son rythme journalier, comme le montre le graphique ci-dessous.
 (Source : analyse J.P.Hulot d’après données consolidées RTE)

Il est aisé de comprendre que toute augmentation de l’intermittence de production par l’injection accrue d’énergies aléatoires comme le solaire ou l'éolien, demandera d’avantage de moyens thermiques pour leur ajustement avec les besoins de la consommation.

Le graphique ci-dessous représente la production électrique du mois de janvier 2016, dans laquelle la production solaire/éolienne a été multipliée par 10 ainsi que le préconise le scénario Ademe.


(Source : analyse F.M.Bréon d’après données consolidées RTE )

Il apparaît en effet sur ce graphique que même avec 10 fois plus d’éoliennes, quand il n’y a pas de vent ni de soleil, c’est l’intégralité des moyens pilotables qui doit demeurer disponible, et qu’on ne peut pas espérer fermer le moindre réacteur grâce à des moyens susceptibles d'interrompre leur production. 
Et s'il apparaît sur ce graphique que la production dépasserait largement les besoins de la consommation, au mêmes moments d'ailleurs qu'en Allemagne.
Et que toute l'Europe ne peut se permettre d'exporter au même moment.

Il apparait surtout que l’amplitude de ces variations  demandera d’avantage de moyens thermiques pour maintenir instantanément l’équilibre du réseau électrique.

Et que, par là même, les émissions de CO2 augmenteront

Le développement d'énergies intermittente en France ne saurait permettre de fermer le moindre réacteur, mais surtout, ne saurait diminuer les émissions de CO2, déjà réduites à la portion congrue de 19 Mt en 2014 (avant d'augmenter les 2 années suivantes malgré le développement des EnRi).

La Commission de régulation de l'énergie (CRE) vient de publier la prévision des surcoûts des énergies renouvelables pour ces 5 prochaines années.



"Rattraper son retard en matière d'énergies renouvelables" saurait il justifier les milliards d'argent public engagés.


samedi 1 juillet 2017

Acoustique des parcs éoliens



Problématique acoustique des centrales éoliennes en France

Jean Pierre Riou

Les contrôles acoustiques des centrales éoliennes en France se réfèrent au projet de norme AFNOR Pr NF S31 114 dans sa version provisoire de juillet 2011 telle que mentionnée dans l’arrêté ICPE éolien 2980 du 26 aout 2011.

Caractéristiques de la norme
Toute norme repose sur le consensus entre les différents intérêts représentés au sein de la commission chargée de la rédiger.
Après mise à l'enquête publique du projet de norme, ce projet devient norme française après avoir impérativement été signée par le Directeur général de l’AFNOR.
A défaut d'avoir satisfait à l'enquête publique et que ne soit apposée cette signature, aucun texte réglementaire ne peut y faire référence.

La rédaction provisoire de ce projet de norme comportait une modification de la notion d'émergence telle qu'elle est retenue dans le code de la santé publique, c'est à dire la caractérisation de l'apparition d'un bruit particulier par dessus le bruit résiduel (ou bruit de fond).

Le projet de norme visait à classer par vitesse de vent, et indépendamment du temps, les niveaux de bruit et à moyenner cette intrusion sonore sur une longue période au sein d'un "indicateur d'émergence", en y intégrant les incertitudes de mesurage (et de calcul).
Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) avait d’ailleurs tenté, sans succès, d’intégrer cette modification de la notion d’émergence dans le texte même de l’arrêté, en proposant un amendement en ce sens lors de la réunion du Conseil supérieur de l’Énergie chargé de se prononcer sur le projet de texte de l’arrêté, le 8 août 2011.
(Source Ministère de l'Environnement, de l’Énergie et de la Mer)
A partir de 2011, les intérêts des riverains ont également été représentés au sein de la commission AFNOR 31 114, notamment par des acousticiens, qui se sont élevés contre cette interprétation jugée biaisée de la définition de l'émergence, qui existe depuis 1996 (norme NF S31 010).
Les différences considérables de résultats selon les méthodes de mesurage utilisées ont naturellement prolongé les débats, qui avaient d'ailleurs débuté de façon officieuse, puisque aucun groupe de travail légal n'avait été lancé par l'AFNOR lors de leur première phase.

Les travaux de la commission S30J éolien ont été interrompus à la demande de la Direction générale de la prévention des risques (DGPR) en janvier 2017 et le projet de norme abandonné au profit d'un projet de guide de mesurage.
La rédaction en a été confiée au Centre d'étude et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema), organisme d’État, qui évite ainsi la nécessité de recherche d’un consensus entre tous les acteurs, notamment les associations de riverains. 
Cette démarche avait été dénoncée dans une lettre ouverte, le jour même de cette décision.

Selon un article d’Actu Environnement « Deux méthodes d’analyse de l’émergence sonore sont encore en discussion à ce jour : une approche statistique basée sur une observation des niveaux sonores de long terme, telle que décrite dans l’actuel projet de norme et une méthode basée sur une approche “instantanée”, qui suppose le respect des exigences “à tout instant” »

Et c’est bien là, en effet,  le fond du problème !
D’un côté le besoin des exploitants, à partir de mesurages complexes, de comprendre comment brider leurs machines pour éviter de dépasser les seuils réglementaires, quels que soient les régimes de vent et les conditions météorologiques, de l’autre, les associations de riverains qui souhaitent que ces prévisions s’accompagnent d’un réel respect de la réglementation.
La première méthode, statistique et de long terme, étant prédictive, la seconde établissant un constat.
Le constat met en évidence la validité de la prédiction, en aucun cas la prédiction ne peut remplacer le constat.
Les riverains n’ont d’ailleurs pas à se mêler de la façon dont les exploitants parviennent à prévoir. Seule, la rigueur du constat, en cas de dépassement des valeurs réglementaires, leur importe.

Et c’est pourquoi ces deux méthodes d’analyse doivent impérativement coexister : celle de constat pour garantir la protection des riverains, l’approche statistique de long terme permettant aux exploitants de brider leurs machines de façon à respecter la méthode de constat.

La difficile maîtrise de la problématique
Contrairement à ce qui semble ressortir de l’article, la filière professionnelle a les plus grandes difficultés à prévoir le bruit d’une centrale éolienne, notamment en raison d’interactions imprévisibles entre éoliennes qui créent épisodiquement des zones de bruit accru, des battements liés aux corrélations/décorrélations de phase, ou dont les turbulences accroissent les émissions sonores. 
Une inversion de température ou la survenue de givre pouvant également entrainer un accroissement considérable de l’impact sonore du bruit éolien sur les riverains.

Pilotage automatique des éoliennes
En évoquant des systèmes interactifs entre les machines et les données acoustiques, l’article d’Actu Environnement fait allusion au système IEAR qui permet à l’exploitant d’optimiser sa production en assurant le bridage minimum permettant, en temps réel, de rester au plus près des seuils limites réglementaires.
La filière éolienne reconnait pourtant que les réglementations du bruit éolien sont généralement fondées sur l’acceptation du fait qu’un nombre significatif de riverains sera dérangé lorsque les seuils autorisés sont pleinement employés (voir document Vestas page 16).
Un tel système interactif impliquera l’augmentation de la durée de ces périodes de gène, tout en dissuadant le riverain de se plaindre puisqu’à priori le seuil réglementaire ne sera pas dépassé.

La dispense du code de la santé publique
Ce seuil réglementaire, autorisé ainsi sur de longues périodes, même nocturnes, a été porté, rappelons le, à 35 décibels au lieu des 30 décibels inscrits dans le code de la santé publique prévus dans le projet de texte, notamment à la demande du Syndicat des énergies renouvelables, dans les conditions décrites par la Sénatrice A.C. Loisier dans sa question au gouvernement.

L’insuffisance des critères de gène retenus
De nombreux critères de gène ne sont pas pris en compte en France (voir 2° partie de http://lemontchampot.blogspot.fr/2017/05/effets-sanitaires-des-eoliennes.html).
Les publications scientifiques récentes (depuis 2011 notamment) ont amené de nombreux pays à réglementer les bruits de basse fréquence des éoliennes, et même leurs infrasons (pris en compte au Danemark à partir de 10 Hz depuis 2011), tandis que la réglementation britannique est en cours de modification pour y proscrire les modulations d’amplitude excessives.
De nombreux riverains regrettent amèrement l’intrusion de ces machines dans leur environnement sonore.
L’Académie de médecine vient de considérer que ces éoliennes perturbaient le sommeil dans un rayon de 1,5 km.

Malgré les efforts indéniables de la filière professionnelle, il est difficile de se contenter de l'affirmation que la problématique acoustique des centrales éoliennes en France serait résolue.