vendredi 23 février 2018

La transition des épithètes

La transition des épithètes*

Le Ministère de la Transition écologique et solidaire vient de publier le suivi de la "Stratégie Nationale Bas Carbone" (SNBC)

Ce qui permet d'avoir enfin un retour sur les effets de l'effort collectif considérable visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES), exprimées en équivalent CO2 (CO2eq).

Les moyens mobilisés :
Il en ressort, en premier lieu, que la plus grosse partie du financement de cette politique provient de la contribution au service public de l'électricité (CSPE), c'est à dire d'une taxe sur la facture d'électricité, payée par tous*, sans distinction de taux, contrairement à l'impôt qui est proportionnel aux revenus.
(*à l'exception des tarifs spéciaux accordés aux plus précaires)

 Source Suivi des recommandations "transversales" (sic) de la "stratégie bas carbone"

Cette répartition de la principale charge financière de cette stratégie relève d'une curieuse acception de l’épithète "solidaire" accolée au nom du Ministère.  
Avec 5,68 milliards d'€, c'est le secteur qui supporte la plus forte hausse en 2017.


La cible :
En second lieu, cette cible "prioritaire", qu'est donc la production d'électricité, ne représente, avec une trentaine de MtCOeq par an, selon RTE, que moins des 2/3 du secteur de production d'énergie (dont raffinage) qui ne constitue lui même que 11 % des émissions, selon le rapport du Ministère.
L'efficacité de la stratégie :
 Pour couronner le tout, la stratégie employée pour décarboner ce secteur se révèle strictement inefficace.
D'une part pour la raison qu'on ne tond pas un œuf, et que le parc électrique français n'avait pas attendu la "Stratégie bas carbone" pour n'émettre quasiment pas de CO2, grâce à 77% de production nucléaire et plus de 10% d'hydraulique.

La production nucléaire française a progressé de 41% entre 1990 (297,9 TWh) et 2011 (421 TWh).

Expliquant la réduction logique des émissions depuis cette date de référence.

D'autre part, il convient de mentionner que la période 2011/2013 correspond au remplacement de l'usine d'enrichissement d'uranium Eurodif par l'usine G.Besse 2, dont la consommation de 60 MW, est 50 fois inférieure à celle des 3000 MW d'Eurodif à qui les 3 réacteurs du Tricastin étaient dédiés.
Et que la libération, pour la consommation nationale, de ces 3 réacteurs, correspond à la chute des émissions en 2014.

Le graphique du rapport de la "Stratégie bas carbone", ci dessous, montre cette évolution.
Ainsi que les 3 années consécutives d'augmentation des émissions qui ont suivi, (la 3ème (2017) figurant en jaune dans les prévisions), qui ont donc marqué les effets de notre "stratégie bas carbone".
La prévision de hausse ayant hélas été confirmée par le bilan électrique 2017 de RTE.


Les effets différés de cette stratégie 
Le Ministère ne croyant pas lui même à l'efficacité de sa "stratégie bas carbone", aucune amélioration n'est attendue sur son graphique avant ... 2028 !

Comme si on avait la moindre idée de ce que les fantastiques progrès technologiques nous réservaient comme surprise dans 10 ans !

Et surtout comme s'il était acquis que l'intermittence de production des énergies dites "renouvelables" serait encore soutenable d'ici là.
Car leur l'épithète "durable" de leur développement caractérise précisément leur incapacité à durer lorsque le soir ou le vent tombe.
Et aujourd'hui déjà, les restructurations du système électrique vers des smart grids "intelligents", règles d'effacements de consommation,  ou nouvelles dispositions sur l'indispensable et problématique stockage électrique, entrainent des coûts démesurés, et de nouvelles règles de marché que vient notamment de dénoncer la Commission de régulation de l'énergie (CRE) qui rappelle que "l’ambition européenne doit être en phase avec les réalités techniques du fonctionnement des réseaux".
Dans son communiqué de presse elle dénonce le fait que "les mesures harmonisées sur l’équilibrage pourraient avoir un coût prohibitif pour le gestionnaire de réseau de transport et de ce fait peser sur la facture du consommateur français sans bénéfice avéré". 

"Bas carbone", "novateur", "intelligent", "responsable", "durable", "citoyen", "participatif", "solidaire" ..., autant d'épithètes autoproclamées haut et fort qui semblent dénoncer leur vacuité avec la même emphase maladroite que celle de "démocratique" lorsqu'elle est accolée à République.

*Cet article a été rédigé postérieurement à la remarquable analyse de la même source par 
Sylvestre Huet
http://huet.blog.lemonde.fr/2018/02/22/politique-climatique-erreur-francaise-fraude-des-mots/


mercredi 21 février 2018

Les faces cachées d'une politique climatique

Les faces cachées d'une politique climatique


L'évolution redoutée du climat justifierait tous les efforts pour limiter les effets accélérateurs de l'activité humaine. Et la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), exprimée en équivalent CO2 est érigée en priorité absolue.
La confusion entre les objectifs et les moyens supposés y parvenir ont permis au développement des énergies renouvelables de relever désormais d'un engagement distinct.
Et même pour la France, dont le parc de production d'électricité n'émet pas de CO2 !
Ou quasiment pas.

Décryptage.

1° Le cas de la biomasse, ou : comment casser le thermomètre pour faire tomber la fièvre.
Avec 0,98tonnes de CO2/MWh produit, les énergies telles que biomasse, biogaz ou biodéchets sont considérées les plus émettrices de CO2 par RTE.
Mais leur caractère pilotable leur permettrait du moins de remplacer n'importe quelle énergie fossile, ainsi qu'à Gardanne, en brûlant du bois à la place du charbon.
Pour autant, le bénéfice environnemental ne va pas de soi, ainsi que vient de le rappeler la décision de justice concernant son exploitation, en raison des effets dévastateurs sur les forêts du sud est.

La réduction de CO2 la plus radicale consiste donc à ne plus en comptabiliser les émissions. Impliquant de rendre la démarche visible dans les bilans, par la modification obligée des chiffres de l'année précédente, ainsi que cela apparaît par la comparaison des 2 bilans RTE ci dessous, celui de 2016 et celui de 2017.
(Source Bilans annuels RTE)

Les mêmes bioénergies de 2016 accusant 6,2 millions de tonnes de CO2 l'an dernier, et s'étant refait une vertu entre temps, pour se représenter avec 1,6 million de tonnes dans le bilan de cette année.
Le bilan 2016 indiquant sur une autre page "0,98 t/MWh pour les autres groupes thermiques (biogaz, déchets, bois-énergie et autres combustibles solides)" dont la formulation est remplacée dans celui de 2017 par "0,988 t/MWh pour les UIOM* (seule la part non renouvelable est prise en compte dans les émissions, soit 50% de la production)"

Ainsi finit la prise en compte des émissions de la biomasse et autres biocombustible, laissant supposer une amélioration quelconque, alors que seul le thermomètre aura été cassé.
Car c'est bien 32,5 millions de tonnes et non 27,9 millions que le parc électrique français a émises en 2017, si on veut conserver les critères employés pour les chiffres publiées par RTE les années précédentes, notamment celui de 19 millions en 2014.

Les critères de calculs changent également, mais dans une moindre mesure, pour les énergies fossile, peut être d'ailleurs par souci de transparence pour les faire bénéficier du mode de calcul plus précis employé en 2017 sans fausser les comparaisons de bilans, de même que le graphique du chapitre suivant de RTE reprend l'historique à critères constants.

2° Les 3 réacteurs secrets de la France
Dans le plus grand secret, le parc électrique français s'est doté de 3 réacteurs nucléaires supplémentaires entre 2011 et 2013.
Ou, plus exactement, à libéré, pour la consommation, les 3 réacteurs du Tricastin qui étaient dédiés aux 3000MW nécessaires à l'usine d'enrichissement d'uranium Eurodif. En effet, avec une consommation 50 fois moindre ( 60 MW), l'usine Georges Besse 2 permet désormais d'affecter leur production aux besoins de la consommation nationale. Ce qui a permis, dans le même temps, la fermeture de la stricte équivalence de leur puissance en centrales à charbon.
Pour autant, ces 3 "réacteurs secrets" n'apparaissent nulle part, pour qui veut suivre l'évolution du système électrique.
Ni dans l'évolution des consommations en chiffres bruts, qui fluctuent avec les températures, ni en termes corrigés, puisque ceux ci excluent la consommation du "périmètre du secteur de l'énergie".
Ni, bien sûr en puissance installée, puisque ces 3 réacteurs étaient déjà construits.
La baisse des émissions ainsi permise apparaît clairement au sein d'une tendance générale plutôt à la hausse.
Baisse que la discrétion sur nos 3 réacteur supplémentaires laisse, à qui le veut bien, le loisir de s'en attribuer le mérite.

(D'après Bilan RTE 2017)

3° Les effets de l'intermittence, ou : polluer plus en produisant moins
RTE rappelle que la consommation "hors secteur de l'énergie" et corrigée de l'aléa climatique est stable. Celle de 2008 est quasiment identique à celle de 2017.
La puissance conventionnelle pilotable du parc électrique français est tout aussi stable depuis.
Elle était de 113,4 GW en 2008, elle est de 109,5 GW aujourd'hui.
Et les 3,8 GW de moins ont été presque intégralement compensés par l'apport des 3 GW du Tricastin. Car des énergies intermittentes sont incapables de remplacer la moindre puissance pilotable installée. Comme le rappelle le cas de l'Allemagne où 100 000 MW intermittents éolien/solaire, n'ont pas permis la diminution d'un seul MW pilotable depuis 2002.
Et cela pour la raison qu'en cas de pic de consommation, les gestionnaires de réseau ne peuvent compter sur aucune production garantie par la puissance intermittente solaire et quasiment aucune par celle de l'éolien.
C'est pourquoi ces énergies imposent des régimes partiels et à coups de fonctionnement aux centrales charger de prendre le relai quand la nuit ou le vent tombent.
 Le cas allemand montre à quel point le doublon intermittent contraint le fonctionnement des centrales pilotables. Or aucun bilan ne montre l'augmentation des facteurs de pollution des centrales concernées par ces contraintes.
Pourtant cette augmentation est parfaitement connue et bien décrite dans de nombreuses études.

Conclusions
RTE rappelle que les émissions de de CO2 du parc électrique français sont en augmentation pour la 3ème année consécutive.
Il faut donc bien comprendre :
1° Que ces émissions ont augmenté bien d'avantage que les chiffres ne le suggèrent en raison des 2 premières raisons évoquées.

2° RTE explique notamment cette augmentation par la moindre disponibilité du parc nucléaire en raison des contrôles de l'autorité de Sûreté Nucléaire (ASN).
Il confirme ainsi le 3ème point de cet article concernant Georges Besse 2.
A savoir que plus de nucléaire entraîne moins d'émissions.
Ce que confirme également l'analyse de Environmental Progress qui rappelle la corrélation directe entre développement hydraulique et/ou nucléaire et réduction des émissions de CO2, ainsi que l'absence de tout lien  de ce type avec le développement éolien et/ou solaire.
Chaque nouveau projet éolien fait pourtant fièrement état de la quantité de CO2 qui sera évitée grâce à lui et laisse entendre que d'avantage d'éoliennes permettront moins d'émissions.
La comparaison des différents mix énergétiques mondiaux n'évoque strictement rien de semblable.

*Unité d'Incinération d'Ordures Ménagères

mardi 20 février 2018

Consultation publique

Communiqué

Jean Pierre Riou

La Conseil Supérieur de la Prévention des Risques Technologiques (CSPRT)
organise une consultation publique sur le projet de décret relatif aux éoliennes terrestres et portant diverses dispositions de simplification et clarification du droit de l’environnement.
http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/csprt-du-13-mars-2018-projetde-decret-relatif-aux-a1784.html 


Pourtant :

L’Académie de médecine vient de considérer que les éoliennes
perturbaient incontestablement le sommeil dans un rayon de 1500m.

- Or les riverains d'éoliennes sont déjà privés de la protection du
code de la santé publique par l'article 26 de l’arrêté ICPE du 26
août 2011.
- Ils seront désormais privés des dispositions du droit commun pour
exercer tout recours.
- Les dérogations accordées aux éoliennes suppriment également des
contrôles de conformité  et permet des entorses aux  simples codes de
l’environnement ou de l’urbanisme.

Ces différents codes imposent des contraintes.
Mais ont été élaborés pour protéger aussi bien la santé publique, que
les paysages et les espaces naturels.

Il est anormal que le groupe de travail chargé de proposer des mesures
permettant de faciliter l'implantation des éoliennes n'ait même pas
permis aux personnes qui sont appelées à être exposées de façon
permanente aux bruits, vibrations, mouvement et flashes lumineux incessants
des éoliennes, d'exprimer leurs inquiétudes ou leurs souffrances.

Une telle absence de concertation, au nom de la protection de
l’environnement, pose question !

C'est pourquoi je suis opposé aux dérogations proposées dans ce projet
de texte.

Et je tiens à faire connaitre mon attachement au retour du respect du code
de la santé publique par les éoliennes.
C'est-à-dire au contrôle de leurs basses fréquences à partir de 125 Hz
et à celui de l'émergence de leur bruit particulier dès le seuil de 30
dBA, ainsi que le prévoyait le projet de texte d'arrêté du 26 août
2011, tel que soumis à la consultation des différents services de
l’État, notamment du Conseil supérieur de la prévention des risques
technologiques lors de sa séance du 28 juin 2011.

En effet, ce n'est pas le fait d’être classées  ICPE qui dispense les
éoliennes de respecter le code de la santé publique puisqu’elles sont
formellement exclues de leur régime acoustique par l’article 1 de
l’arrêté du 23 janvier 1997.

En outre, les lois de l'acoustique ne permettent pas aux éoliennes de
respecter ce code aux distances actuellement réglementaires.
Une distance proportionnelle à la taille et la puissance des machines
apparait nécessaire comme vient également de le rappeler l'Académie de
médecine dans son rapport de mai 2017.

Une règle de 10 fois la hauteur des machines telle qu'imposée notamment
en Bavière semble un minimum.
Car la santé des riverains ne saurait être une variable d'ajustement.





vendredi 16 février 2018

L'impasse allemande

 

Réchauffement climatique et particules fines : l’Allemagne dans l’impasse

En croyant diminuer ses émissions de CO2 par le développement des énergies renouvelables issues du vent et du soleil et la réduction du nucléaire, l’Allemagne s’est engagée dans une dispendieuse impasse énergétique.
Par Michel Gay et Jean-Pierre Riou. 
Alors que les émissions de CO2 (un gaz à effet de serre) de la production d’électricité à partir de combustibles fossiles diminuent régulièrement depuis 10 ans en Europe, celles de l’Allemagne ne baissent quasiment pas.
Elles sont mêmes identiques en 2009 et en 2016 comme l’indique la ligne horizontale (en bas du graphique ci-dessous), alors que la ligne oblique du haut témoigne de cette baisse importante en Europe.
Comparaison de l’évolution des émissions de CO2 en millions de tonnes (MtCO2) de la production électrique en Europe
(Source Ministère de la Transition écologique et solidaire)

Le cas de la biomasse

Lire la suite dans Contrepoints ......

lundi 12 février 2018

Quand le vieux monde se couche pour mourir



Comment le vieux monde s'est couché pour mourir

Jean Pierre Riou

"Il n'y a qu'une fatalité, celle des peuples qui n'ont plus assez de forces pour se tenir debout et qui se couchent pour mourir. Le destin d'une nation se gagne chaque jour contre les causes internes et externes de destruction."
Charles de Gaulle

Ainsi s’éteignent les civilisations, anesthésiées par la facilité et le confort hérités des générations qui se sont battues pour elles.
Elles ne croient plus au progrès et tandis qu’émerge un monde nouveau qui décèle une opportunité dans chaque risque, le vieux monde voit un risque dans chaque opportunité.
Car il s’alanguit afin de jouir avec précaution de ses acquis.

Demain
« Demain sera vertigineux » prévient le neurobiologiste Laurent Alexandre en décrivant le fossé qui nous sépare de l’ultratranshumanisme chinois, avide de manipulations génétiques, confiant dans l’intelligence artificielle, le séquençage ADN des surdoués et l’avènement de l’homme augmenté, grâce aux implants électroniques, dont les lunettes à reconnaissance faciale, qui équipent déjà ses policiers, préfigurent l’avènement.
La question n’étant d’ailleurs pas de savoir ce que nous en pensons, mais d’anticiper ce que demain sera.

Le retour de la route de la soie
Car la Chine s’apprête à porter l’estocade à l’économie du vieux continent en réveillant la route de la soie version 21ème siècle, c'est-à-dire dans l’autre sens.
Du moins en ce qui concerne les intérêts commerciaux des parties en présence.
Moscou, à qui l’Union européenne a décidé de tourner le dos, en serait une étape active.

Cette expansion chinoise se cristallise déjà dans l’achat de centaines d’hectares de terres agricoles françaises ou le pillage de nos forêts de chêne.
Et s’apprête à dominer la plupart des secteurs stratégiques, dont celui de l’espace avec l’accélération de son programme « Longue Marche » destiné notamment à ramener des échantillons lunaires de minerais rares, dont la Chine a déjà le quasi monopole. 
Elle règne déjà en maître dans celui des communications, grâce au lancement du 1er satellite quantique au monde, qui vient de lui permettre de réussir une téléportation quantique de 1200 km, dont le principe même donne le vertige.
Après s’être portée en tête de la recherche sur la fusion nucléaire en surpassant l’Allemagne, la Chine se permet désormais de construire et livrer au projet mondial ITER des équipements de pointe.
Elle vient tout juste de créer le mastodonte de l’atome civil en réunissant les 2 géants chinois, CNNC et CNEC, et envisage l’utilisation d’un réacteur nucléaire basse température pour le chauffage urbain.
La liste serait longue des applications de son effort prodigieux en recherche fondamentale, dotée d’un budget en augmentation de 18% par an depuis 2000 et qui vient, avec 330 milliards d’euros, de dépasser celui de tous les pays d’Europe réunis.

L’énergie est au cœur de ses préoccupations, et le 13ème plan quinquennal chinois prévoit un accroissement considérable de l’énergie nucléaire, grâce à son réacteur de 3° génération made in China, le Hualong One.
Car si l’ancien monde se détourne de l’atome, force est de constater que c’est l’inverse dans le monde qui émerge.


 (Source AIE)

Énergie et PIB
Rappelons que la richesse d’une nation, ou produit intérieur brut (PIB, en anglais GDP), provient de son travail. 
Et que la corrélation est directe entre celui-ci et l’énergie consommée pour l’effectuer.
J.M. Jancovici l’a parfaitement démontré, notamment dans le graphique ci-dessous qui indique le pourcentage de progression de la consommation d’énergie, en regard la croissance du PIB (GDP) mondial.
Les effets des 3 chocs pétroliers de 1973, 1979 et 2008 sur celle-ci apparaissent clairement.


Pas d’énergie, pas de travail. Pas de travail pas de de richesse.
Là encore, il ne s’agit pas de juger du caractère soutenable ou non du modèle mais uniquement d’en observer les liens.

La guerre à mort entre nations
Dans son testament spirituel, François Mitterrand aurait confessé : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. »

Il ne s’agit pas d’une exception américaine, et dans cette guerre, le combat pour l’énergie est déterminant. C’est le combat pour le travail et la richesse.

Et c’était la raison du programme électronucléaire français qui était destiné à affranchir le pays tout aussi bien des tensions naissantes sur le pétrole, après les années de pétrole facile de l’Algérie, que du contrôle américain de notre politique à travers la création, en 1974, de l’Agence Internationale de l’Énergie, proposé en contrepoids aux pays producteurs de pétrole (OPEP).
Grâce à son parc électrique nucléaire/hydraulique, décarboné avant l’heure, et ses contrats avec le Niger, la France pouvait se permettre de refuser d’y adhérer.

Malgré une croissance de seulement 0,2% de son PIB en 1975, liée à ce premier choc pétrolier, la France conservait un taux positif, quand Allemagne (-1,6), le Royaume Uni (-0,7) et les États-Unis (-0,7) s’enfonçaient avec des taux négatifs.


La génération LSD
Ces 30 glorieuses ont véritablement refondé la société occidentale, tant sur le plan économique ou industriel que politique et social. Un nouvel équilibre mondial s’est mis en place. 
L’autorité de la France y a connu une apogée, conférée notamment par l'expertise incontestée de son industrie nucléaire, tant à travers sa dissuasion militaire que par l’indépendance énergétique de son parc électrique.
La génération Hippy a marqué la fin de ces 30 années d’essor industriel. Et ses slogans « Faites l’amour pas la guerre », ont fait miroiter les délices d’un paradis perdu, en y associant le mythique « Peace and Love » au mouvement antinucléaire naissant

Le LSD étant érigé au rang d’hostie, de Muse, en tout état de cause, de supercarburant de sa philosophie.
Dès 1974, c’est l’Allemagne qui a repris ce mouvement antinucléaire dans la vallée du Rhin et les réseaux transfrontaliers ne tardèrent pas à catalyser l’opposition à la centrale de Fessenheim.
Après la carotte du Jardin d’Eden des Hippies, le bâton des Grünen agitait le spectre du feu nucléaire.
Il ne s’agit toujours pas d’un jugement de valeurs sur un idéal de paix, de fraternité, de partage et d’amour. 
Seulement de l’observation des forces qui animent le monde.
Quelque pessimiste qu’elle puisse sembler.
Et de la tentative d’y déceler quelques ficelles.

La Propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures. (Noam Chomsky).
Et il n’est pas anodin d’observer l’obsédant battage médiatique autour des énergies dites « renouvelables » et la multiplication des sondages concernant l’énergie nucléaire, dont les conclusions aboutissent, en fait, à modeler l’opinion.
Et de relever notamment que le dernier en date est commandé par H. Böll, fondation d’outre Rhin proche des verts allemands.

Si le conspirationnisme sent souvent le souffre, la candeur ne convient pas à l’analyse géopolitique.
On ne peut ignorer la présence de la guerre du gaz au cœur du conflit syrien, dans lequel l’énormité des enjeux est susceptible d’en expliquer chaque coup.
De même qu’il est légitime de soupçonner une main étrangère dans l’assassinat de Georges Besse, fondateur de notre usine d’enrichissement d’uranium du même nom, dans laquelle l’Iran était actionnaire et envers qui Paris refusait de payer sa dette après la révolution islamique.

En tout état de cause, on ne se bat pas toujours pour ceux qu’on croit.
Et n’imaginons pas que le monde entier appelle de ses vœux le retour d’une France industrielle forte et autonome énergétiquement.

Dans la gueule du loup
Il serait dangereux d’oublier le projet de Troïka du gaz dont les sanctions américaines contre Russie Iran et Qatar  n’ont pas entamé la cohésion.
Washington, violant ses propres sanctions en important le plus discrètement du monde du gaz russe, vient de rappeler les données du problème et les réserves respectives.
De même que le quasi monopole chinois des terres rares, dont les énergies renouvelables sont si voraces, montre l’engrenage dans lequel nous mettons tout le bras.

Le double piège des énergies renouvelables intermittentes
Toutes les énergies n’ont pas la même valeur. Le biogaz, l’incinération de déchets, la méthanisation, la géothermie, le carburant à partir de micro algues ou, bien sûr, l’hydraulique, sont des énergies renouvelables « pilotables » qui évitent importations et dépendance.
Tandis que l’intermittence de la production éolienne, impose le soutien de centrales à gaz (ou à charbon) pour de nombreuses années encore.
Et après avoir restructuré à grands frais tout notre système électrique pour le configurer aux exigences de l’intermittence de production, notre approvisionnement dépendra aussi bien de la Russie de l’Iran ou du Qatar pour le gaz que de la Chine pour les énergies renouvelables.  
Perspective qui ne doit d’ailleurs pas déplaire à ces 4 alliés.

Pour prendre la mesure du risque considérable que représente le développement de l’intermittence, et la fermeture de tout réacteur nucléaire, il importe de connaître quelques chiffres clés qui mettent en évidence l’impossibilité actuelle de l’intermittence à remplacer quelque moyen pilotable que ce soit, en termes de puissance installée.

Le jardin d’Eden
Même les plus candides n’auront pas manqué d’être surpris par la soudaine cohésion des dirigeants de la planète, enfin réunis autour d’une même et noble cause.
Dans laquelle l’écologie est enfin dans le camp de la finance et de l’industrie.
Alliance, historique et contre nature, augurant des dividendes d’une ampleur inédite.
Et qui ouvre un marché vierge dans les pays « en développement » où il devient subitement urgent d’investir pour sauver la planète.
L’intermittence de l’énergie du vent, notamment, fera le reste.
Et le fera d’autant mieux que le mécanisme complexe du « Développement Propre » (MDP ou CDM en anglais) permet aux pays industrialisés « d'investir dans des projets de réduction des émissions dans les pays en développement, en remplacement de réductions plus onéreuses sur leur territoire ».
La Chine, là encore, a su tirer parti de ce mécanisme par des mesures tarifaires incitatives, notamment pour l’éolien, qui à attiré la grande majorité des investisseurs sur son territoire.
Et bénéficie ainsi du transfert de technologie qui lui a permis de devenir désormais le n° 1 mondial de la filière éolienne.
L’analyse du China Institute en rappelle avec cynisme les motivations de ses acteurs :



(Source China Institute )

Ce développement rapide des énergies intermittentes dans les pays en développement est présenté comme gage de leur utilité.
Pour la Chine, la dépendance aux métaux rares de cette transition est une opportunité de refermer le piège sur l'Europe.

Délocalisation du CO2
Un des effets pervers de la politique climatique est de délocaliser les industries consommatrices d’énergie donnant une impression trompeuse de son efficacité qui n’aura ainsi consisté qu’à polluer d’avantage encore dans des pays où l’énergie est plus émettrice de CO2 qu’en France, tout en supprimant nos emplois.
La prise en compte de l’évolution de nos importations dans notre empreinte carbone le révèle amèrement dans le tableau de gauche du graphique ci-dessous, tandis que la réduction de nos émissions, du tableau de droite ne correspond en fait qu’à celles d’un travail délocalisé qu’il a fallu importer ensuite..


France Stratégie avait effectivement prévenu (rapport p81) que : « Si l’UE souhaite continuer sur la voie d’un développement rapide des énergies renouvelables actuelles, alors il sera nécessaire de mettre en place des subventions permanentes pour ces technologies et de développer des marges de capacité plus importantes pour répondre à l’intermittence. L’UE devra accepter le fait qu’elle n’accueillera pas d’industries fortement consommatrices d’énergies et que les consommateurs devront faire face à des factures d’énergie élevées. »

Et de même que les industries continuent donc à polluer grâces aux projets « propres » dans les pays en développement, la délocalisation des activités vers ceux-ci permet de verdir leur image à bon compte.
Bon compte pour la finance, bien sûr, qui est mondiale.

L’atout maître nucléaire
Notre parc nucléaire, qui a permis à la France de faire mieux que ses voisins lors du 1er choc pétrolier, comme nous venons de l’évoquer, nous confère aujourd’hui une indépendance énergétique bien supérieure à la moyenne européenne, avec un mix dépendant à 46% des importations, contre 61,9% en Allemagne et 54,1% pour la moyenne de l'Europe.
Le décompte en énergie primaire valorise, bien évidemment, la part nucléaire, et les importations d’uranium ne sont pas comptabilisées par la Commission européenne.
Le caractère insignifiant du coût de l’uranium (1,14€/MWh sur ces 12 derniers mois) et l'importance du stock disponible est la raison de cette exception, la récupération possible de la chaleur actuellement perdue par les réacteurs est celle de cette unité généralement employée.
Tandis que la production européenne de gaz, en chute libre, et sa consommation en hausse, laissent craindre le pire en cas de « choc gazier ». 
Ce 12 février, le Danemark vient d'annoncer le renforcement de sa puissance de combat pour sa politique de dissuasion vis à vis de la Russie en raison de la construction du gazoduc Baltic Pipe destiné à diminuer la dépendance européenne vis à vis du gaz russe.

La pertinence des investissements d'aujourd'hui se mesure au cours du gaz de demain, comme le montrent les hésitations américaines
Ces hésitations se matérialisant par l'accord budgétaire U.S, signé ce 9 février 2018 dont les subventions bénéficieront au développement nucléaire.
Rappelons que 84 des 99 réacteurs US ont déjà obtenu le renouvellement de leur licence à 60 ans.
 
Le « lobby » nucléaire
Face aux énergies renouvelables, un mystérieux et puissant lobby nucléaire chercherait, nous dit-on, à conserver ses prérogatives passées.
Mystérieux, car chacun sait que l’État, avec 83,5%, est le principal actionnaire d’EDF et qu’avec 98% du groupe AREVA, il envisageait de racheter les 2% qui lui manquaient encore en aout dernier. Et qu’il est bien mystérieux de concevoir un lobby d’État, c'est-à-dire de nous même, face aux banques et fonds de pension étrangers qui détiennent la part du lion de l’exploitation des énergies renouvelables intermittentes.
Et où le seul fabricant français était en redressement judiciaire en août dernier, la Chine, encore elle, venant de détrôner danois et allemands avec qui elle se partageait la quasi totalité du marché.

La manipulation de l’opinion parvient à agiter le spectre apocalyptique de la source d’énergie la plus sûre au monde, mais dont la technicité reste impénétrable par le commun des mortels, tandis que, rien qu'en Europe, le charbon tue 23 000 personnes chaque année pour les seules émissions toxiques de sa combustion. Mais c'est de plus d'1 million de morts par an qu'il est était encore responsable en 2012, en comptant les accidents de mine, la silicose, ou la pollution de l'eau.

Tandis que notre transition énergétique vise à rattraper un prétendu retard dans le développement d’une technologie éolienne qui date du 19ème siècle et dont on ne sait toujours pas stocker massivement l’électricité pour un coût acceptable par la collectivité.
Ce qui oblige à garder intégralement le doublon conventionnel, dont les régimes partiels et à coups de fonctionnement demandent de lourdes subventions. Et, en tout état de cause, ne permet pas de remplacer le moindre réacteur nucléaire, quelle qu’en soit la puissance installée.


Et non seulement nos efforts s'obstinent à les développer avant même d’arriver à s’en servir, mais le démantèlement d’un système qui fonctionne est déjà en marche alors que notre parc électrique n’est déjà plus en mesure d’assurer l’alimentation du pays pour de simples températures inférieures à moins 5°.

Les causes du mal
De nombreuse source rapportent que le 29 octobre 2004, du Hyatt-Hotel de Cologne,  Angela Merkel, alors patronne du CDU aurait déclaré :
« À la longue, il y aura tellement de profiteurs de l’énergie éolienne qu’il deviendra impossible de trouver de majorité pour en limiter le développement »
(Auf die Dauer gibt es so viele Profiteure der Windenergie, dass sie keine Mehrheiten mehr finden, um das noch einzuschränken)

Et il semble bien que se trouve là le fond du problème. Celui d’un pari chimérique, contraint à la fuite en avant d’une mutualisation des difficultés par des interconnexions toujours plus denses et plus lointaines, et dont la nécessité ne tient qu’aux termes d’un engagement, dont les succès se chiffrent en records de production ou de capacités installées, mais qui n'en ont toujours pas montré la valeur ajoutée au système. Et dont la pérennité du modèle exige de résoudre la quadrature du cercle en parvenant un jour, peut être, à rendre durable ce qui est intermittent. 
Et conférer ses lettres de modernité à une technologie aussi vieille que le monde.
Et multiplient les scénarios qui rendraient ce pari partiellement en 2030, et plus complètement en 2050, comme si on avait la moindre idée de ce que l'énergie sera dans un quart de siècle.
Pari dans lequel la finance s’est engouffrée pour ses effets d’aubaine et la taille phénoménale de son marché.
Cause à la fois interne et externe de la destruction du vieux monde en raison de la mondialisation du financement.

Pour conclure
Ces observations ne signifient pas que ce pari, pour chimérique qu'il soit, serait voué à l’échec. 
Mais posent question sur l’empressement à jouer le tout pour le tout en détruisant un système performant, et dissuadant, dans le même temps, l’émergence d’une alternative pérenne, par la suppression de toute visibilité à long terme sur le marché de l’électricité, en raison de la confusion, sur ce même marché, entre MWh pilotables et MWh intermittents.

Le bilan de 15 ans de cette transition dénonce des résultats opposés à ceux qui étaient attendus, tant sur la réduction des coûts que sur la sécurité d’approvisionnement ou sur les effets sur l’environnement.

Le climat serait menacé par les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l'activité humaine, exprimé en équivalent CO2.
Le principe pollueur payeur semble alors exiger un niveau pertinent d'une taxe carbone.
Les applications de la recherche fondamentale devraient se charger du reste. 
Sans risquer de confondre objectifs et moyens.

Hélas, les tensions internationales accumulent des nuages noirs dont les menaces, infiniment plus graves, s’apprêtent à faire comprendre, mais bien trop tard, que nous nous serons précipités tous seuls vers l'effondrement de notre société.